Alexandra David-Neel, Le Grand Art

Écrit par livres-et-lectures.com
Création : 2019-02-17 10:59:01
Publication : 2019-02-17 11:04:51

adn art
 
Voici un roman partiellement autobiographique et inattendu de la célèbre exploratrice du Tibet. Sa formation première avait été le chant et elle exerça cette noble profession pendant sa jeunesse dans la musique "légère". Elle a ainsi tiré des observations faites dans ce milieu un étrange réquisitoire sur la condition de la femme au début du 20e siècle. Étrange, parce que le sort de la femme ainsi décrit ne semble en rien dépendre d'elle, ce qui ne peut pas être totalement vrai. Ce que son récit même contredit d'ailleurs, puisque face à une difficulté, la réponse systématique de ces dames serait de se prostituer... Admettons que le statut de la femme fut difficile, mais quand même...
 
Le livre est à la fois irritant et touchant. Il est d'abord irritant pour les raisons ci-dessus et parce qu'il fait systématiquement du mâle un coupable absolu, marchand d'esclaves, insensible et jouisseur. Certes, dans une botte de radis, on en trouve toujours quelques-uns de pourris. Mais cela n'explique rien sur la condition sociale de la femme vis-à-vis de l'homme. Les causes sont ailleurs. Quant aux objectifs purement matériels qu'ADN semble révérer, séduction et richesse, cela vole un peu bas. De plus, le roman est muet sur la musique, le soi-disant but de la vie de l'auteur, qui semble bien oublié dans le récit. Pas un mot sur les œuvres ni sur les musiciens... Voilà une vocation qui sent le roussi ou le vide !
 
Et pourtant, ce roman a un certain charme, porté par la belle écriture de l'auteur. Son style est riche, sa phrase pleine. Ses descriptions de jardins, d'allées, d'arbres, de ciels sont parfois splendides. L'usage du fantastique afin d'exprimer des sentiments extrêmes est particulièrement réussi et ajoute au texte une pointe de Maupassant plutôt séduisante.
 
Le livre se lit bien et facilement. Il me semble néanmoins qu'il ne rehausse en rien le prestige de l'auteur ni ne rassure sur son sens ethnographique. L'absence de jugement, voire de réflexion dont il fait preuve font planer un doute sur la pertinence et la profondeur de ce qu'elle écrira ensuite sur le Tibet. Un roman léger et superficiel.
 
Le Tripode (2018), 380 pages et quelques photos