danjard sebastien
 
J'ai envie de dire beaucoup de bien de ce livre, car il en fait. Il désembourbe nos cervelles de la mélasse insistante et assistante de nos époques covidées où l'on nous rappelle que pour marcher il faut mettre un pied devant l'autre, sous peine d'ailleurs de punition (pour notre bien). Ici, dans une Normandie "herbagère éclatante et mouillée", des gens libres aiment leurs métiers et le font bien, aiment leurs femmes (qui ont parfois de très beaux seins) et entreprennent pour réussir. De plus, comme c'est bien dit et bien écrit, on y croit, on est ému et leur réussite nous touche. Avec un petit calva, le chat dans une main et ce que vous voulez dans l'autre (le livre, par exemple), le temps s'arrête. Ah, que cela fait du bien ! Précipitez-vous !
 
L'auteur nous raconte de jolies salades sur sa carrière en 4e de couverture. C'est tout inventé, à mon avis, car s'il avait fait ça, il aurait fait du pognon, il serait devenu arrogant et on lui aurait lâché du "Monsieur le Président". Il aurait pourri sur sa tige, comme ceux de cet acabit et roulerait en Porsche Cayenne. Or là, il produit là une fleur étincelante, simple, fraîche et belle. On sent une humanité à fleur de peau, pas du tout forcée, un respect des hommes et une empathie frappée de stoïcisme face à des personnages qui, en quelques lignes, deviennent nos proches. Il fait preuve d'un amour de la vie et d'un enthousiasme qui trahit son jeune âge (?). Souhaitons qu'il conserve cette foi qui ne doit rien au ciel et qui honore la terre.
 
L'intrigue  fait se côtoyer des bons et des méchants que nous n'avons aucun mal à discerner. Sans doute la vraie vie est-elle parfois un peu plus intriquée, mais, pour une fois... Le jeune Sébastien, issu d'un monde simple et solide va, non sans incidents de parcours, réussir une ascension sociale et personnelle due à son courage, mais aussi à ses rencontres et à son craquant. On peut parfois penser à "Martin Eden" moins l'issue dramatique, face aux problèmes posés par l'exil social.
Quant aux personnages féminins, l'attrait évident dont fait preuve l'auteur pour eux nous les rend vivants et attachants. Ceci d'autant plus que certaines performances sous la couette semblent dignes du livre des records ! Il manque une vidéo... On conviendra facilement que cette activité, tant qu'elle ne devient pas addictive, est un des ciments de la vie, n'est-ce pas ?
 
Le style, très envoyé, me rappelle parfois Céline, les longueurs en moins. De plus, certaines flèches, comme celles sur les banques ou le fisc, sont un régal d'humour vache (normande, bien sûr). Sans oublier la descente en flammes des salles de bains avec w.c. intégrés, haine irréfrénable que je partage.
Le corps du récit est porté par une écriture directe et efficace et le roman se lit d'un trait. Un plaisir du début à la fin. On est dedans, on y croit et on en sort heureux.
 
Alors, "what else" ?
 
Éditions de l'Onde (2020), 230 pages