Dai Sijie, Les caves du Potala

Écrit par livres-et-lectures.com
Création : 2020-10-14 09:31:35
Publication : 2020-10-14 09:31:35

sijie potala
 
Ce roman, situé au Tibet à l'époque des gardes rouges, traite de deux sujets. L'un est la vie d'un peintre de tanka qui raconte ses années passées auprès de l'ancien pouvoir bouddhique qui dirigeait le Tibet. C'est passionnant et très bien documenté. L'autre est une mise en scène de la déshumanisation et de la cruauté des gardes rouges, ce qui n'apporte rien qu'on ne savait déjà. Intéressant, mais bancal au total.
 
Le vieux Bstan Pa était le peintre du Dalaï-Lama, ce qui impliquait qu'il était sans doute un des meilleurs. La "révocu", conduite par des gilets jaunes devenus rouges et cruels l'a condamné comme contre-révolutionnaire, ce qu'il était certainement, peut-on espérer. On sait depuis longtemps que quand le "peuple" prend le pouvoir sans l'intermédiation d'élus et d'institutions solides, cela conduit au crime généralisé, à la guillotine, au goulag, aux camps, à la destruction. Était-il utile de nous faire vivre ici en direct des tortures, des cris et autres horreurs pour nous en convaincre ? Cela fait voyeur et racoleur et ne nous apprend rien sur ce qui conduit à de telles folies.
 
En revanche, la victime a eu une vie exceptionnelle qu'elle raconte et partage avec nous, du fond de son cachot du Potala. Le récit est très bien construit sur une information solide, tant sur les lieux de l'action que sur la peinture de tanka et, par flashs, sur certains aspects de la pensée bouddhique tibétaine et  de sa représentation de l'univers. Sauf à l'avoir un peu fréquentée, cette peinture d'êtres fantastiques, paisibles ou courroucés, avec des bras multiples ou en accouplement avec une parèdre, n'est pas sans nous dérouter. De même la somptueuse beauté minérale des paysages tibétains, immenses et souvent vides, est difficile à concevoir sans l'avoir connue et s'y être plongé soi-même. Ayant eu le privilège d'avoir été plusieurs fois dans l'Himalaya et au Tibet et ayant un peu lu sur la symbolique de ces peintures, ce livre a été pour moi un beau moment de souvenirs. Je ne peux que le recommander vivement à ceux qui ne se sentent pas totalement étrangers à cet univers.
 
Je ne suis pas certain, en revanche, que son accès soit très aisé pour ceux qui n'ont pas fait ce premier pas. L'ouvrage n'est pas didactique et ni une image claire de la structure ni des finalités de ce monde du bouddhisme ne s'en dégagent. La confusion menace et peut être risque-t-on de confondre Hayagriva et Heruka ou d'autres personnages du panthéon ? Après tout, essayons, ce risque n'est pas mortel ! 
 
Gallimard (2020), 190 pages