cauwelaert jules

 

Vous êtes saturé de politique, de religion, de droit du travail, de déconnologie quotidienne en général ? Trouvez quelques heures, allongez-vous et lisez ce roman. Vous étiez inutile ? Les femmes vous lâchaient ? Vos idées n'intéressaient personne ? Vous comprendrez qu'il vous manquait un chien. Un dur, un têtu, qui va au bout de ses pulsions bien conditionnées. Essayez, vous verrez !

cauwelaert corps etrangerCe roman témoigne de la grande sensibilité de l'auteur et de son talent à la partager. Il fait vibrer les mots dans des phrases courtes, ouvertes à l'imagination du lecteur. Disons-le autrement, il sait écrire. Et, tout au long de son récit, il glisse quelques pensées brèves qui semblent demander notre approbation. Page 398, par exemple, "D'un autre côté, souffrir du mal qu'on fait est le seul moyen de se croire intact". Oui et non, d'ailleurs ...

Le roman joue avec une idée simple. Sauf à avoir perdu tout esprit critique, nul n'est jamais satisfait de ce qu'il est. Alors, ne pourrait-on pas devenir un autre ? Sartre avait essayé d'en faire une philosophie. Et, comme le dit la citation qui ouvre le roman "
S'interroger sur son identité, ce n'est pas rechercher ses racines, c'est se demander : qui d'autre puis-je être ?" Certes, mais un chat reste un chat et un âne un âne. Dommage, mais c'est ainsi. Ce n'est donc pas, à mon avis, dans cette idée, amusante mais très littéraire, que le livre trouve son originalité.

C'est beaucoup plus dans sa forme et dans sa qualité d'objet de lecture qu'il la trouve. La phrase est toujours belle, l'habileté d'écriture est exceptionnelle. Même si, parfois, les personnages en font beaucoup, on reste avec eux jusqu'au bout. On aimerait les comprendre parfois un peu plus profondément. N'est-ce pas le début de l'amour ?

Un excellent roman, intelligent, que l'on souhaite lire d'un trait.


Editions Albin Michel (1998) - 428 pages