Gilles Cosson, Vers une espérance commune

Écrit par livres-et-lectures.com
Création : 2021-02-15 09:41:16
Publication : 2021-02-15 09:41:16

"Petit précis à l'usage des hommes d'aujourd'hui"
 
cosson esperance
 
La sincérité de l'auteur est ce qui frappera d'abord le lecteur attentif de cet essai. Le sujet est sensible, puisqu'il s'agit de proposer une réponse originale au besoin spirituel de chacun, exprimé ou non. Cette approche dépassionnée et profonde de ce qui nous meut n'aurait pas son poids si l'auteur n'avait pas su s'y engager avec autant de rigueur et d'honnêteté. Une première partie réunit les faits qui motivent cette recherche. Une seconde partie pose les jalons qui vont l'accompagner, l'encadrer et la troisième est la réponse de l'auteur à cette quête.
Les deux premières parties intéresseront chacun, car elles posent des questions qui nous accompagnent tous, croyants ou non. La dernière partie, très personnelle, sera éventuellement plus difficile à partager. Mais on sait bien que le chemin importe plus que le but...
 
Pour conduire nos actes, nous avons tous besoin de certitudes. Et pour que notre vie avec les autres ne soit pas un enfer, il nous faut des règles que propose une morale. À ces deux attentes, l'auteur montre bien comment les religions ont su répondre, localement, en créant à la foi paix intérieure et cohésion de groupes humains. Sans pour autant assurer une universalité qui aurait pu fédérer les hommes aux principes qu'elles proposent, mais qui, au contraire, bien souvent les divisent en communautés hostiles. L'auteur insiste aussi sur les ravages que la croyance en des dogmes immuables peut faire, comme le montre l'Islam actuel. Il rappelle aussi que les idéologies de substitution comme nationalisme, nazisme ou communisme ont toutes échoué, infligeant à l'Europe une blessure profonde. Ce qu'il ne dit pas et que je souhaite ajouter, c'est que nous commettons aujourd'hui avec l'écologisme la même erreur d'une idéologie illusoire de remplacement, aussi séduisante que fallacieuse.
Le texte de cette première partie comprend de nombreuses remarques pertinentes, comme, par exemple, celle que sans une large liberté de penser, l'homme est stérile et la création intellectuelle entravée. Notre Europe d'avant la Renaissance en est un exemple, comme l'est celui de l'Islam dogmatique. La Chine semble l'avoir compris. Je suis un peu moins convaincu par le rôle que peuvent prendre dans l'avenir les changements technologiques actuels. Il me semble que leur impact est généralement surestimé parce que mal compris dans la pensée et les écrits contemporains. L'arrivée de la machine à vapeur, de l'électricité, du téléphone ou de la voiture me semble avoir eu une tout autre ampleur que les changements technologiques en cours, y compris l'IA, qui est une prothèse de tâches intellectuelles répétitives.
 
La seconde partie va tenter de cerner les solutions à venir à l'interrogation de la première partie. 
Devant tous les changements qu'il anticipe, l'homme aspire à placer derrière eux quelque chose de fixe, stable, immuable même. Une réponse crédible devra y satisfaire. Et nous savons aussi que l'approche par la raison, si elle peut aider à construire une morale, une règle de vie commune, ne suffira pas pour apporter des réponses à des interrogations moins concrètes. Comment expliquer ce sentiment que nous avons tous de l'appartenance harmonieuse au monde, par exemple ? L'auteur répond alors qu'aux côtés de la raison, bel outil d'ajustement et de contrôle, l'intuition devient indispensable. Et elle l'est encore plus, si nous abordons les rivages de ce que nous pressentons sans que nos sens puissent y accéder et qu'il appelle le monde invisible. Une autre contrainte à satisfaire également sera d'ébaucher sans trop d'erreurs un chemin du destin commun de notre humanité. Nous pouvons d'ores et déjà, sauf à sombrer dans le délire dogmatique, affirmer (c'est moi qui le dis) qu'il ne se réduit pas à réduire nos émissions de CO² !
 
Dans le respect de ces attendus, l'auteur propose en troisième partie sa réponse qui prend la forme d'une recherche spirituelle, refusant les dogmes pour se construire pas à pas, jour après jour. Pour lui donner un nom, il nomme sa réponse "Dieu" ou "l'Esprit qui veille", qu'il décrit et fonde d'une manière originale. Et, couronnement de cette réponse, elle serait aussi celle à la question du "sens de la vie" que l'auteur suppose, sans doute à juste titre, fort répandue.
Ma capacité à le comprendre et le suivre trouve là ses limites. Si j'ai, comme beaucoup, besoin de guides internes solides à mon action, je n'ai jamais ressenti le besoin de justifier ma vie par un sens qui lui serait conféré. Ce sont, me semble-t-il, mes actes libres qui la lui donnent, après coup, dans le cadre des contraintes que mes sens ont pu percevoir et qu'imposent les lois du monde et de nos sociétés. Je voudrais d'ailleurs affirmer ici que n'est pas chercher un sens au monde, qu'essayer de le comprendre. C'est accomplir le programme de notre espèce. 
Le reste est très personnel, hors de mes préoccupations et surtout hors de mes compétences.
Le chapitre se termine sur des "exercices" conseillés par l'auteur pour accompagner cette quête spirituelle, mais dont on peut aussi penser que certains ont leur finalité en eux-mêmes.
 
J'ajouterai que le sérieux et la sincérité que l'on ressent à la lecture du livre le rendent passionnant, comme une réflexion et une expérience personnelle rapportée avec intelligence, sur des sujets fondamentaux de la nature de notre société en constante évolution. Il mérite d'être lu pour cela au moins, même s'il s'adresse particulièrement aux chercheurs de "sens". De plus, le courage et la volonté de l'auteur de nous donner en partage honnêtement ce qu'il a arraché du fond de son âme mérite notre écoute et notre respect.
 
Pierre Guillaume de Roux (2021), 255 pages