
Un dessinateur de BD canadien accompagne sa femme et ses deux jeunes enfants pendant un an à Jérusalem. Elle travaille pour un organisme humanitaire, ce qui va donner au récit à la fois une ouverture large dans ce monde en conflit, mais aussi une teinture particulière. L'auteur, dans ses dessins et son texte, nous fait percevoir la vie quotidienne des populations palestinienne et israélienne, dans cet univers où la force appartient à Israël. Il ne propose en revanche aucune analyse politique, même si l’on ne peut que ressentir ici et là combien certains comportements le dérangent. Le piège, constitué par l'histoire, les croyances, la politique internationale et mille autres sédiments du temps, est bien refermé. Et pourtant, comme cette BD le montre, la vie continue. Et quel voyage !
Ce poids de l'histoire qui dévore la liberté d'agir des hommes est remarquablement exprimé ici par le dessin : architectures, costumes, religions, mœurs, actes irréversibles du passé, tout est là qui s'impose et laisse une bien faible marge de manœuvre aux vivants. Cela m'a frappé dans ce livre. La rationalité de ce conflit est si lourdement obérée par cette charge que les actes des hommes y perdent leur capacité d'inventer des issues autres que la poursuite du conflit en tentant de survivre. Ceux qui ont essayé comme Yitzhak Rabin n'ont pas convaincu que ce soit politiquement possible. Son assassin est représentatif de la classe religieuse fanatique, encore bien présente et courtisée en Israël. Que la foi monothéiste puisse conduire au crime n'est d'ailleurs pas une découverte.

Même si ce livre ne traite pas de ces questions qui, peut-être, n'ont pas de réponse, il n'en reste pas moins un très beau récit de voyage illustré dans cette contrée troublée. L'auteur, aidé par les introductions obtenues en partie grâce à la profession de sa femme, mais aussi par son audace, nous conduit à visiter des lieux, où ne serions jamais allés sans cela. Il donne ainsi à voir et à penser sur un sujet certes lointain, mais dont l'Europe à l'antisémitisme historique, porte une lourde responsabilité, que l'on réduit à tort au bubon nazi et à la Shoah. Il traite tout cela par anecdotes successives, vivantes et sensibles. Et son humour, souvent déclenché par les scènes dont il est témoin, donne une certaine légèreté à une matière grave. Une vraie réussite !
Ceux que ce livre intéresse trouveront un interview de l'auteur à son sujet ici .
Ceux que ce livre intéresse trouveront un interview de l'auteur à son sujet ici .
Shampooing (2011), 335 pages