"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
"L'obstination et l'ardeur des opinions sont la preuve la plus sûre de la bêtise" Montaigne, III,8
"Rarum est felix idemque senex" Sénèque
On peut tout attendre de Céline, mais pas de s'ennuyer en le lisant. Ce roman vantard, excessif, centré sur le nombril de l'auteur, ne me convainc pas, à l'opposé d'autres qui ne le sont pas moins, mais ajoutent à cela un parfum venu d'ailleurs assez puissant pour nous tenir en haleine. C'est quand même du Céline, mais sans squelette !
Alain Finkielkraut est avant tout un homme des lumières, avec tout ce que cela comporte d'espoir de voir un jour l'homme conduire sa vie, sans le secours d'absolus tombés du ciel. Cela implique un usage constant de la raison et de l'expérience, fragile comme un examen que l'on doit réussir et que l'on peut toujours craindre de manquer.
Il a aussi toujours voulu être un homme de l'esprit, de l'expression juste et claire, nourrie de savoir, fuyant formules et pirouettes, seule apte à ouvrir ce dialogue auquel il aspire.
Il est enfin "un juif au ciel vide", amoureux néanmoins de la terre de civilisation et de tradition qu'aurait dû être Israël, dont le destin l'inquiète.
AF est un intellectuel, autant écrivain que philosophe, au savoir considérable, à qui le chemin suivi par les sociétés actuelles nourries d'absolus laïcs, d'idoles, de mensonges et de divisions profondes donne le cœur lourd. Le dialogue très personnel contenu dans ce livre reflète tout cela. On y trouve toute la fraîcheur d'un vieil espoir de voir un jour l'intelligence précéder l'émotion et les passions.
Si le roman est un moyen privilégié de connaître le monde, ce que j'approuve en le classant toutefois après l'expérience quand elle est possible, soyez certains que vous en saurez plus sur le traitement judiciaire de la criminalité des mineurs après avoir lu celui-ci. Mais il nous propose avant tout une histoire émouvante de deux êtres portant au fond d'eux un fardeau infiniment lourd dont ils vont apprendre à se séparer, non sans beaucoup de souffrance. Peut-on se faire prendre totalement par cette pseudopsychanalyse, où le récit circonstancié des faits serait la porte de la rédemption ? Assez en fait, pour apprécier cette intrigue bien charpentée et que, malgré sa longueur, on suit avec attention.
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