"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
"L'obstination et l'ardeur des opinions sont la preuve la plus sûre de la bêtise" Montaigne, III,8
"Rarum est felix idemque senex" Sénèque
Il s'agit d'une autobiographie partielle d'un ancien espion de la DGSE, clôturée par tout ce que le devoir de réserve implique. La série "Le Bureau des Légendes", à laquelle il aurait d'ailleurs contribué, nous avait initiés sur un mode romanesque, à ce métier. Nous trouvons ici un récit apparemment sincère de cette vie solitaire, ambitieuse et fascinante, mais dangereuse et sans doute terriblement excitante pour ces raisons même. Un livre original, crédible et de lecture agréable, qui nous permet, par procuration, un voyage dans le monde clandestin de ces hommes qui donnent à leur pays des moyens que la loi ou les convenances ne permettent pas.
Lire la suite... Vincent Crouzet, Le jour où je suis devenu espion
Le lecteur retrouvera dans ce livre l'écrivain qui, avec une langue incroyablement poétique, lui parlera de l'instant présent, de sa beauté, de sa singularité, mais aussi de sa dureté ou de l'énigme qu'il est souvent. Chez Quignard, le temps s'arrête, le mot ne fait pas que décrire, mais aussi évoque. La logique, cet art du temps, n'a pas ici la priorité. Pourquoi s'attarder aux causes ou aux conséquences, quand l'image du moment qui passe est encore floue ? La caresse du doigt sur la rampe de l'escalier est peut-être aussi importante que le motif qui le faisait gravir ? Et, tout au long de ces lambeaux du réel que la vie emboite pour en faire un destin, Quignard associe la musique, dans un parallèle d'une éblouissante évidence. Un merveilleux livre, loin de l'esprit de notre temps inquiet de ce qui pourrait être et non de ce qui est.
On reconnait souvent un grand livre au talent de l'auteur à aborder à travers un roman réussi, des sujets profonds et atemporels qui dépassent l'intrigue. C'est ici le cas, où, à travers l'histoire passionnante d'un groupe d'amis cubains aux destins cabossés, le lecteur est, par petites touches, confronté aux affres de l'exil, à la signification de ce qu'est une patrie, au sens profond de la filiation, à l'amitié et sa richesse parfois trompeuse, au sens du mensonge, etc. Sans oublier ce malheur fabriqué par des régimes incompétents, mais idéologues, comme Cuba, hélas bien actifs sur notre planète. Un très grand livre.
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