Fiches de lectures, critiques de livres, personnelles et subjectives !

mann montagne
 
Je suis à la fois fasciné et un peu déçu par ce livre exceptionnel. Un texte de près de mille pages n'est pas quelque chose qu'un auteur aurait écrit par hasard, par jeu. Mais il demande parfois au lecteur un effort dont je me demande si ce qu'il apporte le justifie. On y ressent une force littéraire éblouissante, un génie rare de la description des hommes, de leurs vies et de leurs relations sociales dans un milieu confiné, celui d'un sanatorium dans les années 1910. Mais, ce qui leur reste de liberté, outre les fonctions animales, est l'usage, pour certains, du jeu de leurs esprits. Est-ce le temps qui a passé, est-ce l'absence de culture en particulier scientifique, mais ces longs débats dans ce monde fermé, en particulier sur le temps, la maladie, la biologie, la société, accouchent d'une souris, ne règlent rien et ont conduit à la guerre. Publié en 1923, le texte aurait pu s'aider des percées décisives de la science et se faire plus critique de cette stérilité intellectuelle ! Il nous surprend heureusement en contrepartie, par sa qualité romanesque et la force des portraits humains qu'il dresse.

proglio
 
S'il est un sujet qui nous concerne tous, même si nous en sommes souvent inconscients, c'est bien celui qu'aborde ce livre, la politique industrielle de la France. Nous constatons aujourd'hui la déchéance industrielle française : 12% du PIB contre 25% en moyenne dans le monde par exemple, vaccins absents, centrale EPR en folie, composants électroniques mendiés aux producteurs, etc. C'est ce choix, qui favorise la consommation à l'investissement, sacralisé par Mitterrand et entretenu depuis, y compris par le Président actuel, qui en est la cause. C'est de cela que parle ce livre écrit par un acteur majeur de notre vie industrielle française, ancien patron de Véolia et d'EDF, qui a vu comment de tels choix ont été pris "en haut" et en rapporte les circonstances. Il nous reste aujourd'hui les discours, en particulier sur l'écologie, cette menace idéologique qui tente de nous achever en participant à son tour à des choix d'investissements aberrants.

sureau or temps
 
Ce roman possède une forme littéraire empreinte de curiosité érudite, légère et insouciante des fins, qui m'a ravi. Pas de précipitation à faire vivre une intrigue, il n'y en a pas. Le temps du monde ne s'écoule plus, l'Eden n'est pas loin. Même nous, lecteurs habitant le siècle, sommes piégés par les allées, multiples jusqu'à l'infini, qui composent la carte de ce récit d'une considérable richesse. Pour l'unité, sans laquelle le marécage aurait guetté, une trame est fournie par la Seine, de sa source au Havre. S'y ajoute la référence récurrente à un livre peu connu, en abyme. Un avertissement : si votre ego redoute d'être pris en flagrant délit d'inculture, ne lisez pas ce livre qui vous mortifiera. Et si cela vous indiffère, pensez quand même à disposer à portée de clavier d'un bon moteur de recherche. La récompense est sur la route. Un livre qu'on ne doit pas lire, mais relire.