Fiches de lectures, critiques de livres, personnelles et subjectives !

letellier anomalie
 
Chercher à résoudre un événement imaginaire invraisemblable, c'est invoquer les brumes et dévorer la lune. La magie des mots qui ne s'accordent pas et déchirent le sens commun est bien là. Mais l'inventeur de cette histoire du temps replié sur lui-même s'essouffle un peu en s'efforçant de rester très (trop ?) raisonnable. Bien peu de rêve, bien peu de folie dans le récit de cet événement effrayant et iridescent qui fait exister deux fois des gens presque ordinaires.  N'auraient-ils pas dû s'aimer, se révolter, s'entre-tuer, mettre le pied dans les rayons de la vie, ces jumeaux improbables ? Non, ils règlent le problème avec juristes, psychologues, militaires, etc. Boris Vian y aurait joué de la bombinette... Et pourtant, j'ai bien aimé ce livre gonflé du désir de guérir, de soigner, aux prises avec l'indicible.

luminet euclide"Le roman de la Bibliothèque d'Alexandrie"
 
Voici un roman, presque historique, plein de charme et d'intelligence, écrit par Jean-Pierre Luminet, par ailleurs astrophysicien. Il se déroule en 642, au moment où Alexandrie vient de capituler face à l'expansionnisme arabe et quand le Calife Omar, victorieux, mais fanatique, veut brûler le contenu de la fameuse bibliothèque. Le raisonnement, qui n'est pas indigne d'une certaine chrétienté, est à peu près le suivant : tout est dans le saint Coran. Si les livres répètent ce qui y est déjà contenu, ils sont inutiles. S’ils disent autre chose, ils ont tort. Dans les deux cas, brûlons-les ! Mais le général arabe Amrou, qui vient de faire la conquête de la ville, va prêter l'oreille aux défenseurs des mille ans de culture couchés dans ces rouleaux et il n'y sera pas insensible. Une belle histoire, racontée avec légèreté et qui nous permettra de croiser quelques grands destins de l'antiquité.

tingyang tianxia
 
"Tout sous un même ciel"
 
Ce livre passionnera ceux qui, comme moi, ressentent profondément que l'intérêt du monde et donc de notre communauté humaine ne peut plus être géré équitablement par un système politique où le pouvoir suprême est celui des nations. La finance, les échanges économiques, la santé, la technologie, l'écologie, pour ne parler que d'eux, sont mondiaux et les États les plus puissants s'efforcent de les contrôler à leur profit. Or, l'État étant la limite supérieure de la puissance politique, ces domaines mondiaux se développent sans autre loi que les tentatives d'accord, fragiles et provisoires entre États, toujours orientés par leurs intérêts et à la merci du dernier caprice d'un dirigeant. Retrouver la voie de l'intérêt général est ce que propose ce livre, à travers une philosophie politique chinoise ancestrale. Encore le discours aurait-il été plus probant si la Chine avait mieux réussi ce pari politique !