Fiches de lectures, critiques de livres, personnelles et subjectives !

genevoix 30000
 
Un concours de circonstances m'a fait lire ce livre, sans doute assez peu fréquenté de nos jours. Il me semble pourtant que Maurice Genevoix a encore beaucoup à nous dire, même si la mode n'est plus à cette tranquille assurance, à cette discrétion, ou à cette humilité parfois un peu raide qu'il affiche. Même si, à la fin de la lecture de ces morceaux choisis d'une vie, on n'en sait guère plus sur l'homme, on aura, en sa compagnie, parcouru de bien réels chemins qui nous parlent admirablement de la vie et de la mort et dont certaines étapes impressionnent. C'est aussi la qualité de la langue qui nous emporte, car elle permet à l'auteur de dire les choses et non de les évoquer seulement. 

kerangal canoes
 
L'auteur écrit en 4e de couverture avoir conçu Canoës comme un roman en pièces détachées. Je ne suis pas certain que ce roman les ait toutes assemblées. La promenade de l'une à l'autre est agréable et parfois touchante, mais ces récits partiels n'ont ni la force d'un roman ni la précision percutante que peut avoir un recueil de nouvelles. Les passerelles entre les éléments sont subtiles et les éléments eux-mêmes sont souvent des traces, des souvenirs, des fumées. Il faut, je crois, pour apprécier ce livre, une sensibilité littéraire qui me fait sans doute défaut. Il s'agit néanmoins d'un livre qui se lit bien, comme une promenade au milieu des arbres sans que l'on perçoive s'ils appartiennent à une même forêt.

mann montagne
 
Je suis à la fois fasciné et un peu déçu par ce livre exceptionnel. Un texte de près de mille pages n'est pas quelque chose qu'un auteur aurait écrit par hasard, par jeu. Mais il demande parfois au lecteur un effort dont je me demande si ce qu'il apporte le justifie. On y ressent une force littéraire éblouissante, un génie rare de la description des hommes, de leurs vies et de leurs relations sociales dans un milieu confiné, celui d'un sanatorium dans les années 1910. Mais, ce qui leur reste de liberté, outre les fonctions animales, est l'usage, pour certains, du jeu de leurs esprits. Est-ce le temps qui a passé, est-ce l'absence de culture en particulier scientifique, mais ces longs débats dans ce monde fermé, en particulier sur le temps, la maladie, la biologie, la société, accouchent d'une souris, ne règlent rien et ont conduit à la guerre. Publié en 1923, le texte aurait pu s'aider des percées décisives de la science et se faire plus critique de cette stérilité intellectuelle ! Il nous surprend heureusement en contrepartie, par sa qualité romanesque et la force des portraits humains qu'il dresse.