Fiches de lectures, critiques de livres, personnelles et subjectives !

jroth grace
 
Si je n'ai qu'une affection modérée pour l’œuvre de Philip Roth, je suis beaucoup plus sensible à celle de Joseph Roth, auteur du présent livre et d'autres, passionnants, sur la fin de l'Empire austro-hongrois. Le rapprochement est non seulement lié à une homonymie qui peut prêter à confusion, mais aussi parce que l'un comme l'autre y décrivent la fin d'un monde qu'ils voient se transformer ou disparaître sous leurs yeux. Avec une nuance : Joseph décrit ici la fin du monde juif d'Europe Centrale, mais garde un espoir incarné par l'Amérique, alors terre promise, quand Philip voit cette terre promise dévoyée, mais ne discerne aucune autre issue que la contemplation de son nombril. De plus, JR possède une profonde empathie pour ses personnages et constate, sans condamner ni surtout juger leurs illusions, leurs triomphes, leurs fourvoiements. Un livre touchant et d'une grande humanité.

conroy corps ame
 
J'aurai du mal à exprimer ici tout le bien que je pense de ce roman. Il est positif, chaleureux, mais sans emphase. Il est aussi l'occasion d'une promenade dans le New York des années 40 et de découvrir le formidable élan de cette société qui se préparait à dominer le monde. Il est enfin un hommage à la musique classique, prodigieuse école de maîtrise de soi et chemin d'élévation (d'initiation ?) pour le jeune garçon pauvre, mais supérieurement doué, héros de ce roman. Sans oublier le coup de chapeau adressé à la musique de jazz de cette époque, offrande princeps de l’Amérique au monde de la culture. Quelle richesse, n'est-ce pas ? Et si l'on y ajoute l'émotion que l'on ressent à sa lecture, voici un livre qui mérite qu'on le fréquente !

mulisch procedure
 
Attention, piège ! L'auteur joue avec la patience de son lecteur et ouvre son texte sur une réflexion métaphysique et symbolique à propos de la vie et de sa création. A celle due aux dieux succède celle d'un "Golem" selon la tradition ésotérique juive, puis celle d'une vie humaine, toutes ayant avec la mort, des liens proches. Le roman bascule alors dans le récit d'un amour vécu par le narrateur, créateur par ailleurs d'une ébauche de vie en laboratoire. Il sait que cet amour interrompu sera le seul qui aurait, dans son existence, mérité ce nom, mais il sait aussi que sa faiblesse l'a trahi. Un très beau livre, pétillant d'intelligence et facile à lire, une fois passée l'épreuve initiatique des premières pages.