gruber trois concerts
 
Peu de romans m'ont touché comme celui-ci. La musique classique lui sert de domaine de référence, sans que celui-ci suppose, à la lecture, une quelconque intimité avec cet art. Plusieurs personnages, en particulier deux violoncellistes très intriqués, vont y trouver le terrain de leur destin. Ils y rencontreront parfois la gloire, parfois l'échec et l'humiliation, mais ils auront cherché en eux-mêmes toutes les ressources qu'ils étaient en mesure de produire. Leur triomphe nous émeut autant que leur fragilité. Ils représentent un peu, dans cet effort extrême de dépassement d'eux-mêmes pour un but si difficile à définir, l'image incarnée de notre existence dont la transcendance informulable qui l'entoure obsède tant de penseurs et d'écrits et conduit tant de comportements, sublimes ou odieux.

makine frontieres
 
Quelle rage ! Notre société est certes pleine de contradictions, de désirs, d'illusions et l'auteur les pointe du doigt avec délectation et bien souvent avec justesse. Est-ce une raison pour jeter le bébé avec l'eau du bain ? Et pour fulminer sur toutes les activités humaines et donc sur la nullité des hommes ? De quels rêves est-ce la déception ? Quant à la solution proposée, à la H. D. Thoreau, elle vaut ce que valent les utopies : une marche garantie vers l'horreur. Est-ce moi qui quitte AM ou lui qui me quitte ?

cosson cinq femmes
 
Afin qu'une image de photo argentique se montre à nous, il faut un révélateur. Pour lire un fichier, il faut avoir un logiciel adéquat. Et si, pour découvrir un homme, il lui fallait une, voire plusieurs femmes ? Cinq, par exemple ? Et les choisir fort différentes, certaines parfois plus proches du réveil que du rêve ? Mais au fond, pourquoi cette investigation bien indiscrète ? C'est tout le charme de ce roman qui en a beaucoup, où l'auteur laisse filer sa nostalgie inassouvie (aurait-elle pu être assouvie ?) de la beauté, un des avatars de la grâce ?