Cette très intéressante autobiographie offre une originalité rare. L'auteur cherche naturellement à présenter et à éclairer les principaux moments intéressants d'une existence qui en fut particulièrement riche, mais il poursuit en parallèle un questionnement sur leur sens, percevant qu'au-delà des affaires humaines existe un faisceau d'essences obscures qui conditionnent notre vie.
La seconde partie du livre, consacrée à sa période d'écrivain, est particulièrement axée sur cette interrogation, dont il tente de cerner les conditions d'une réponse, d'une sorte de sagesse. Un beau livre, profondément honnête, qui, partant du monde humain des torchons et des serviettes, cherche à lever le voile qui les contient.
GC est un littéraire né, qui, plutôt agile, va réussir Polytechnique. Contradiction ? Pour un temps seulement, comme le montrera bien ce choix d'une seconde vie d'écrivain. Il va passer une enfance heureuse, animée et diverse et déjà ressentir un émerveillement troublant devant le monde sensible. Il confirmera cela dès son adolescence, notamment lors de sa découverte de l'autre sexe. Après des études contraignantes et peu épanouissantes pour lui, le succès de l'entrée à l'X est quand même là.
Service militaire, premier emploi et mariage. Passage aux USA, riche d'enseignements, puis engagement à la banque Paribas où se déroulera la partie la plus féconde de sa carrière. Et, ayant atteint le sommet de ce groupe, il décide à la soixantaine d'entreprendre une seconde vie, celle d'accomplir son rêve littéraire, nourri par les nombreux questionnements auxquels il s'était livré tout au long de son parcours et que l'on peut résumer par un profond sentiment d'incomplétude dans l'exécution des tâches du quotidien, néanmoins vitales.
Son amour de la nature et de la musique l'avaient déjà ouvert à la présence essentielle d'éléments influents sur notre vie et dont l'expression ne passe pas par le langage, la simple raison. Des voyages lointains l'avaient confirmé dans cet éveil. Son expérience l'a décidé à pousser la porte et laisser entrer en lui un vent qui n'était plus seulement celui des affaires humaines. L'écriture et son ascèse vont constituer la voie choisie pour exprimer cela. Une importante et belle collection d’œuvres en résultera, dont on trouvera sur ce site certains échos.
Mais, à l'évidence, la préoccupation essentielle de l'auteur est d'affronter les grandes questions, comme le sens de nos vies ou le pourquoi de la mort, autant que la plénitude inspirée par le sentiment de la beauté de notre univers. Il perçoit dans l'approfondissement de ces questions une approche spirituelle qui prépare leurs éventuelles réponses, une sagesse qu'il entend contrôler par l'usage de la raison. S'y adjoint un à priori structurant, qu'il appelle l’Éternel, matrice de cette sagesse. Cela me donne l'occasion d'une remarque, dont on comprendra qu'elle peut rendre difficile l'accompagnement de cette démarche jusqu'au bout, même si on la comprend et la partage sur un bout du chemin. On la trouvera ici, en annexe.
En effet, l'hypothèse de cet Éternel est pour moi une réponse particulière dans un domaine où je fais plutôt le choix de ne chercher aucune réponse, convaincu qu'il n'en existe pas, plus séduit par la voie que par le but.
Mais un tel choix est une affaire privée, sans universalité, nous aidant à vivre et à mourir, aux chemins multiples, quoi qu'en pensent et disent les gourous, plus avides de pouvoir que de vérité.
Les éditions de Paris (2026), 162 pages
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