Ce roman touchant et sincère est une vraie réussite. Construit comme une énigme policière (la recherche d'une femme disparue), il se déroule à la fin de la guerre de 1940 dans un contexte qui doit beaucoup à l'expérience personnelle de l'auteur. L'intrigue est tissée sur la trame de l'urgence des déminages qui ont été souvent des actes héroïques à l'honneur de ceux qui s'y sont livrés et y ont parfois péri. Histoire de guerre ? Histoire d'amour ? La profonde humanité de ce récit et le rappel discret que l'horreur a une, peut-être plusieurs issues, fait chaud au cœur.
 
On oublie vite ce qu'on n'a pas vécu ou vécu il y a longtemps et qui reste souvent virtuel. C'est ici le cas de ce que fut la fin de la guerre et les années qui ont suivi. Manque de tout, êtres chers absents, souvent perdus, menaces encore mortelles, comme celles de ces mines que les ennemis comme les alliés ont répandues et qui tuent quand bien même la paix est acquise. Le déminage est une impérieuse nécessité qui va ici mettre à l'épreuve, non seulement ceux qui s'y consacrent, mais aussi la solidarité des équipes parfois composées de Français et de prisonniers allemands.
 
Le roman est éblouissant par la documentation considérable recueillie sur les mines, leurs usages, leurs installations et, bien entendu, sur leur neutralisation. Il l'est aussi par l'analyse de ces groupes de démineurs qui sont face à la mort à chaque instant et dont la discipline et la rigueur dans l'action sont la condition de leur survie. Un oubli, même ponctuel de cela, vaudra à certains d'y perdre la vie.
 
La trame romanesque du livre nous emporte tout autant que son récit "militaire". Un amour fou que la raison et le temps rendront habitable, une histoire infâme de déportation sur dénonciation, un désir effréné de liberté, un viol irréparable des droits fondamentaux, une justice aux oubliettes, c'est dans ce contexte que, solitaire, chacun doit se reconstruire, comme le propose le titre du roman. Et l'homme ne serait pas l'homme s'il ne réussissait pas. Beau rappel réconfortant de ce que nous pouvons être et qui souvent nous prend à la gorge à la lecture de ce magnifique texte.
 
Les éditions de l'Observatoire (2024), 415 pages