Ce récit est celui, mouvementé, de la découverte (l'invention en archéologie) de la statue de marbre blanc, nommée Vénus de Milo (l'île où elle fut découverte en Grèce) et qui est aujourd'hui une des gloires du Louvre. En 1820, la Grèce fomentait son indépendance et les États ou les collectionneurs privés intéressés à sa richesse archéologique étaient foison, et profitaient de cette situation où le pays avait d'autres priorités. On suit ce récit comme un policier, où les mauvais coups pleuvent sur les acteurs de cette "invention", qui n'hésitent pas à user du muscle et de l'artillerie pour se rendre maîtres de la sculpture ! Un court récit, passionnant.
Dressons le panorama tout d'abord. Un paysan qui, d'ailleurs, sait apprécier les belles choses, met à jour dans son champ par hasard une statue cassée en morceaux. Première question : est-ce une œuvre de valeur, originale, ou une copie romaine plus ou moins tardive ? Selon la réponse, l'attitude à avoir n'est pas la même. À qui faut-il s'adresser ? Et, d'une manière qui m'a surpris, le consensus d'être en face d'un chef-d’œuvre s'est bien vite établi, permettant même d'envisager chez certains, d'en faire cadeau au roi de France, Louis XIII.
Mais chercher un ou plusieurs érudits capables d'une opinion fondée, c'est en même temps casser le secret de la découverte et attirer les rapaces. C'est bien entendu ce qui va se produire très vite et la bataille, s'engager. C'est ce qui anime ce récit, qui finit donc à coup de canon et avec pas mal de monnaie sonnante et trébuchante distribuée à bon escient à ceux qui pouvaient faire bouger le cours de l'histoire. Que de rancœurs et de violences pour accéder à la possession de cette belle Vénus ! Elle n'eut, vivante, pas suscité plus d'émoi ! Elle devait l'être aux yeux de ses soupirants. Attribuée même à Phidias ou à Praxitèle, elle n'aurait jamais pu recevoir sans déchoir, le nom d'un inconnu comme créateur, ce qui semble néanmoins être le cas !
Mais ce qui rassure pour l'époque, c'est qu'on s'entredéchirait pour une œuvre âgée de 2000 ans au nom de sa beauté et non pour sa valeur seulement. Son enfouissement, sans doute pour la protéger, en atteste. Le commerce des objets d'art semble aujourd'hui excessivement spéculatif et la beauté y a perdu son rang et même, semble-t-il, sa signification. Tiens, si j'ai un moment, j'enfouirai ma collection de Jeff Koons, mais pas pour la protéger !
Il n'en reste pas moins que ce qui était beau il y a longtemps (20 siècles !), a, tout au long des âges, été beau et le reste. L'évolution des formes de l'art a ajouté des formes de beauté, mais n'a pas remplacé les anciennes, inscrites dans nos connexions intimes. Pensons au cubisme, à l'impressionnisme, comme à tous les autres "ismes", aux succès variés. On pourrait en dire autant de la musique, quand certaines pièces baroques peuvent nous émouvoir, en bien comme en mal, autant que ceux qui les écoutaient lors de leur création. Voici incontestablement un point fixe pour nos sociétés qui en ont tant besoin. Belle leçon indirecte de ce récit !
Sabine Wespieser (2008), 216 pages
Conception & réalisation