Il est difficile de commenter un livre comme celui-ci, marqueur important d'une époque, quand, comme moi, on n'a pas eu un intérêt suffisant pour le lire en entier. WB crache ici à la fois ce que l'expérience de la drogue a fait de lui, mais aussi son désespoir devant sa faiblesse et le mépris qu'il a de lui-même d'en être arrivé là. Comme Céline, son expression est assise sur un style, ici haché menu comme sa vie, désarticulé. Ne faites pas ce que j'ai fait, dit-il. Excellent conseil, il venait de tuer sa femme par jeu, totalement camé.
Le récit veut d'abord donner une image de ce que traverse le drogué dans ses visions folles. Plus aucun frein ne le retient, ni dans ses constructions mentales ni dans ses actes. Le livre expose tout cela ad nauseam. D'un être qui tient plus ou moins debout par les règles personnelles et collectives qu'il a acquises dans son enfance, le drogué devient une machine folle en abattant ces garde-fous. Ce qui en résulte est le royaume des pulsions de la bête en prise à la démence. On nage alors dans le sexe sale, la merde, le meurtre.
Il veut aussi mettre en garde en rappelant qu'une fois qu'on a plongé, on le sait et on en souffre, sans qu'aucune solution de sortie efficace soit disponible. WB se juge à l'aune de ce qu'il n'est plus et qu'il ne pourra plus redevenir. Solitude et souffrances s'installent, mais il est trop tard et les actes commis le sont pour toujours. Cet avertissement mériterait d'être mieux compris de nos jours où l'usage des drogues se répand et imprime ses conséquences sur nos sociétés. WB a aussi un éclair de lucidité, me semble-t-il, quand il incite à s'occuper des consommateurs de drogue plutôt que des dealers. Il faut que la demande baisse pour que l'offre régresse.
Nul ne peut lire ce livre sale, violent, sans en éprouver du dégout à la fois pour ceux qui sombrent et aussi pour ceux qui, comme l'ont fait certains intellectuels mal câblés, y voient une voie de découverte de soi. Zazie savait qu'en penser. Pourtant, le message de WB est clair ; ne consommez pas et ne laissez pas les autres consommer si vous souhaitez éviter l'enfer.
Folio (1959), 365 pages pour ceux qui les liront toutes...
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