On reconnait souvent un grand livre au talent de l'auteur à aborder à travers un roman réussi, des sujets profonds et atemporels qui dépassent l'intrigue. C'est ici le cas, où, à travers l'histoire passionnante d'un groupe d'amis cubains aux destins cabossés, le lecteur est, par petites touches, confronté aux affres de l'exil, à la signification de ce qu'est une patrie, au sens profond de la filiation, à l'amitié et sa richesse parfois trompeuse, au sens du mensonge, etc. Sans oublier ce malheur fabriqué par des régimes incompétents, mais idéologues, comme Cuba, hélas bien actifs sur notre planète. Un très grand livre.
L'intrigue est simple. Un groupe d'amis, unis par leur goût et leur joie de vivre, forment un clan qui les aide à supporter le contexte difficile de Cuba, où, peu à peu, se dresse la conviction que le seul espoir de devenir un homme responsable et libre de ses choix face aux mensonges, à la prédation et à l'incurie de l’État est l'exil. Sans doute ne pressentent-ils pas toujours le nœud qui peut parfois étreindre un cœur d'exilé. Stephan Zweig en est mort !
Au-delà de cette ligne, surgissent en tourbillons des situations humaines difficiles, de violence, de désir, de mensonges qui désarticulent des vies déjà difficiles par la pauvreté, la corruption, l'injustice et le manque de presque tout, qui sont le nuage noir d'un castrisme arrogant, mais incapable. Et pourtant, cette terre, on l'aime, elle est belle et on pourrait y être si heureux ! Et si l'exil peut améliorer la condition de subsistance et de liberté, c'est toujours au prix d'une nostalgie parfois obsédante. Ce qui tient, ici, pour l'exil, tient aussi pour les autres sujets abordés, avec la même douceur et la même profondeur.
Avec une rare virtuosité, l'auteur nous fait aller de l'un à l'autre des nombreux personnages de cette aventure sans nous perdre. Nous sommes ici, puis là, emplissant notre sac de voyage de faits, d'échos, de résonances au cours de chapitres assez brefs à l'articulation subtile. Il convient parfois de faire halte et d'ajouter à notre besace tout ce que ce périple nous donne à penser, nous qui sommes parfois loin ou peu conscients de ces drames, mais qui comprenons néanmoins qu'ils sont universels et qu'ils pèsent lourd pour ceux qui les vivent.
Un très grand roman !
Points (2020), 740 pages
Conception & réalisation