Si le roman est un moyen privilégié de connaître le monde, ce que j'approuve en le classant toutefois après l'expérience quand elle est possible, soyez certains que vous en saurez plus sur le traitement judiciaire de la criminalité des mineurs après avoir lu celui-ci. Mais il nous propose avant tout une histoire émouvante de deux êtres portant au fond d'eux un fardeau infiniment lourd dont ils vont apprendre à se séparer, non sans beaucoup de souffrance. Peut-on se faire prendre totalement par cette pseudopsychanalyse, où le récit circonstancié des faits serait la porte de la rédemption ? Assez en fait, pour apprécier cette intrigue bien charpentée et que, malgré sa longueur, on suit avec attention.

 

En dépit de la noirceur du récit et de son côté "trash", j'ai aimé ici le soin de l'auteur de nous rappeler combien un traitement humain de la souffrance, autant celle que les personnages portent en eux que celle qu'implique la détention, est essentiel et bénéfique à leur reconstruction, quand la violence, le mépris ou la contrainte, au contraire, isolent et oppressent ! Dans ce cas, en effet, la conviction d'être un réprouvé est renforcée et le chemin de l'espoir de redevenir un humain acceptable s'enfonce dans le marécage.

La force de ce roman est à mes yeux de savoir nous faire partager non pas tant la vie matérielle des détenus mineurs que celle de leur vie sociale quand leurs contacts sont leurs codétenus, aussi perdus qu'eux et centrés sur eux-mêmes et leur encadrement comme, par exemple, l'assistante sociale, Rita, qui va jouer une fonction essentielle de reconstruction de cette vie sociale dans cette intrigue. Car, sans retrouver les leviers de celle-ci, en paroles, en comportement, en intérêt pour les autres, qui peut conserver l'espoir de retrouver une place dans le monde ?

Malgré le sombre enchaînement des événements, mais, aidés par la goutte d'huile bienfaisante du désir qui deviendra de l'amour, les deux personnages principaux vont voir une lueur au bout de leur chemin broussailleux. C'est un roman, n'est-ce pas, qui a la liberté de faire ce choix heureux. L'auteur convient lui-même qu'il s'agit là d'une exception dans l'océan des perdus corps et biens, chez qui manquent très souvent les conditionnements qu'acquiert l'enfant dans ses toutes jeunes années, avant l'âge "de raison". N'est-ce pas plutôt les parents paresseux ou absents qui devraient rendre des comptes ?

Un beau livre sombre qui, malgré ses scènes parfois étirées, se lit bien.

Liana Levi (2023), 450 pages