Je me suis intéressé à ce roman sur la foi de critiques excellentes. Sa lecture ne m'a pas permis de partager cet enthousiasme, même si j'ai apprécié le style direct et concis utilisé pour nous faire partager l'existence d'un homme sans caractère, agissant au gré des événements, saisissant les bons coups. L'espèce n'est pas rare, mais le roman, totalement plongé dans l'actualité, dans le présent, ne fait pas du personnage un archétype ni n'aide à en comprendre le lien avec le monde actuel. Cet attachement bouddhique à l'instant qui passe me rappelle qu'il aboutit à regarder le monde de nos pensées comme "un chien crevé qui flotte au fil de la rivière". Nous y sommes.
Un point d'abord. Ce roman parle, comme tous les romans, d'amour. Soit. Mais son assimilation avec l'activité sexuelle est envahissante, comme le sont les détails largement fournis ici. Cela tire le texte vers un racolage facile qui ne le pousse pas vers le haut, même si les critiques y ont vu un "décryptage de la crise de la masculinité" (sic !). D'amour, il n'en est au fond guère question dans le comportement d'István, le héros mou, ni chez ses partenaires. De haine, un peu plus, comme le veut la doxa moderne et dont un mérite latéral est son partage par tous les genres.
István est un enfant élevé par sa mère et sa grand-mère, plus ou moins bien, et qui découvre le sexe chez sa voisine de palier, dont il tue le mari sans le faire intentionnellement. Pourquoi pas ? Ça ne l'aide pas à démarrer dans la vie, mais il surmontera cela après un peu de détention et un séjour dans l'armée. N'étant pas entravé par ses principes, il s'accouple avec la femme de son protecteur pour en faire sa conjointe après la mort de celui-ci. Vivre au fil du courant évite de se poser trop de problèmes. Et son destin continue à se dérouler ainsi, irresponsable. Il finira d'ailleurs ruiné après avoir soustrait une partie de l'héritage de son beau-fils pour des projets fragiles qui capoteront, en partie à cause de son comportement. Et il ira cultiver son jardin...
Seul le style, constitué par des phrases brèves, descriptives et sèches, séparées par des sauts à la ligne, présente une réelle originalité. Il s'accorde parfaitement avec cette instantanéité du récit, recherchée par l'écrivain.
Que retire-t-on en fin de compte du récit de la vie de ce pauvre homme en crise de masculinité ? Pas grand-chose en ce qui me concerne, si ce n'est l'espoir de revendre ce livre d'occasion un peu plus qu'un euro.
Albin Michel (2026), 366 pages
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