Le titre de ce recueil n'a aucun sens.
Heureusement, car nous serions, sinon, face à autre chose que de la poésie.
Ce qui a un sens, ce que l'homme comprend, est une simplification à l'usage de son entendement limité, de ce qui l'entoure. La relativité ou la mécanique quantique, par exemple, sont d'admirables réductions du réel à la taille de notre cervelle. Elles n'expriment aucune vérité, mais elles sont un outil approximatif et provisoire de ce qu'un esprit humain comprend du monde, une réduction humaine rationnelle de celui-ci en un langage mathématique, fait par l'homme et pour l'homme. D'ailleurs, mon chat, à qui j'en parlais récemment, m'a avoué ne rien y comprendre.
La poésie, comme la musique ou l'art visuel, sont des invitations à une promenade au delà de ce qui se comprend, dans de ce que nous pressentons de la vastitude du monde et dont nous savons bien qu'elle conditionne notre existence. Et si vous n'avez pas la coiffure hérissée par ce que je viens d'écrire, que vous ne vous sentez pas être un vieux rationaliste vitrifié, jetez vous calmement dans la lecture de ces courts poèmes, sortes de haïkus incisifs, évocations paisibles du temps que nous chevauchons et de la grandeur et de la beauté du monde, de sa lumière, de son universalité.
Alors, négocions un peu. Nous venons de perdre le sens. D'ailleurs, Madame Michu est furieuse qu'on gaspille du papier à écrire des machins que personne ne comprend ! Essayons de la rattraper au vol en lui montrant ce qu'on a gagné en échange. Jouons avec elle un instant, elle qui, assise sur un tabouret face à un lac paisible, s’émeut de la beauté du crépuscule où un soleil rougissant se reflète et peu à peu disparaît. Tant de beauté lui est-elle dédiée ? Pourquoi l'émeut-elle autant ? Or son époux, un mâle au carré, n'en a rien à faire et commence à avoir froid et râle. Elle peste !
On cherche un passage
un accès direct
et l'autre qui n'est pas là
sur le seuil
endimanché
les bras ballants
on n'est pas content
En donnant ce sens à ce poème, ce sentiment frustrant de plénitude non partagée, je le réduis, je le trahis, non qu'il n'ait pas ce sens là, mais parce qu'il en a mille autres que je ne soupçonne même pas et qui, peu à peu, me deviendront peut-être accessibles. Oui, j'ai gagné quelque chose en proposant une forme verbale accessible à qui me lit, forme qui évoque ce qui me touche, lumineux ou sombre.
Alors, lecteur, à vous de jouer. On ne s'ennuie pas à cheminer dans ce labyrinthe des mots. Encore faut-il plonger, aimer se perdre et se retrouver et vous aurez alors découvert quelques clés de cet universel, qui ne se comprend pas comme un objet de raison, mais s'éprouve, et qui est par ailleurs constitutif de notre équilibre, de notre présence au monde, et que nous pouvons partager avec tout ce qui vit et lit.
Ce recueil propose une quarantaine de poèmes, d'un style voisin de ce celui cité plus haut. Chacun trace une voie sensible dans le grand foisonnement matériel et spirituel que nous pressentons sans le comprendre, mais sans lequel nous ne serions qu'une branche au fil de l'eau.
Merci à la poésie et à NB de nous convier à prendre avec eux la barque lumineuse, tout en acceptant le fait dérangeant que nous n'y trouverons que le plaisir du voyage et d'une ouverture, mais jamais celui d'une réponse.
Cahiers du Loup bleu, Les Lieux-Dits (2024), 47 pages
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