Ce bref livre étrange a été en son temps (1965) fort remarqué et apprécié. Sa lecture m'a séduit, car il fait éclater dans un monde invraisemblable des comportements humains parfaitement réels qui s'affirment d'autant mieux que la scène où ils se révèlent est irréaliste. Tout le talent de l'auteur est dans ce contraste créatif qu'il manipule en virtuose. Et si vous voulez comprendre ce que Siméon allait chercher là-bas le 16e mois de l'automne, chaussez vos bottes et ne craignez pas de marcher dans la boue !

 

J'ai le souvenir d'un chamane au Tibet répondant à un homme, inquiet de trouver un lieu où il saurait se sentir en pleine harmonie, que s'il ne se sentait pas bien là où il était, ce ne serait pas mieux ailleurs ! Notre Siméon, se rêvant comme écrivain, vit cette illusion et va la payer très cher en venant s'installer au pays des "saisons" espérant vivre dans un environnement qui l’apaise et le stimule et y trouvant ce que vous allez découvrir.

La vie sociale des autochtones du pays des "saisons", pour bizarre qu'elle paraisse, est une analogie, certes un peu forcée, de toutes les mœurs et coutumes qui ne sont pas les nôtres, opposées à celles qu'enfant nous avons pratiquées et assimilées et que nous tendons à penser comme les seules bonnes et justes. La dureté, parfois insupportable de l'exil de Siméon dans ce milieu, rend souvent cette confrontation déstabilisante et parfois même insupportable.

Le communautarisme farouche des habitants, leur incompréhension paresseuse du nouvel arrivant, leur rejet de ce qu'il est sont, eux aussi, une caricature des comportements courant des majorités vis-à-vis des minorités. Un tel comportement, aujourd'hui condamné, était peut-être aussi un acte d'adaptation et d'homéostasie pour survivre. Le récit montrera que s'ils avaient rejeté sans hésiter tout étranger et ses propos, ils auraient sauvé leur peau !

En effet, une voix tombée du ciel et d'un cheval, aussi perverse et menteuse que toutes ces voix, affirme à ces pauvres êtres qu'ils sont en enfer, mais qu'un paradis existe, à côté. C'est le fonds de commerce de toutes les églises qui s'exprime ici, leur vénalité en moins (un oubli ?). Alors, séduits, ils vont partir à la recherche de ce paradis. La conclusion sera comique et tragique.

On prend un plaisir trouble à cette lecture, convaincu dès le début de la difficulté du récit à se terminer autrement que mal. Mais ses vraisemblables invraisemblances nous séduisent et nous entraînent. Le style coule et nous porte. Un très original moment de lecture.

Bourgois Poche (1965), 272 pages