La vie d'un banquier toscan au XIVe siècle
Ce livre, hélas épuisé, mais accessible d'occasion, est passionnant. Il a été écrit sur la base de documents miraculeusement retrouvés et offre ainsi comme une machine à remonter le temps nous permettant de suivre la vie d'un marchand et banquier d'origine modeste, mais audacieux, de la fin du 14e siècle autour de Florence.
Il aborde autant sa vie de marchand international, ses soucis, sa comptabilité, ses métiers, que sa vie privée au sein de sa famille, de ses employés ou de ses esclaves et de ses amis. La modernité de ses préoccupations est confondante au point d'en devenir parfois touchante. Un grand livre.
N'oublions pas que l'époque était dramatiquement perturbée par des guerres et des épidémies de peste pouvant décimer un tiers des habitants d'un lieu en quelques semaines ! Pour notre marchand de denrées lointaines, provenant ou rejoignant, souvent par voile, toutes les parties du monde connu, sans réelle garantie, l'avenir était lourd de menaces.
Notons au passage que l'on comprend d'autant mieux ainsi la fonction économique du taux de l'argent, quantifiant le fait qu'un denier reçu aujourd'hui vaut beaucoup plus que la même somme attendue dans un an ! Et, s'il s'agit d'un prêt, une bonne garantie réduit le taux, alors qu'il n'en est pas de même quand il s'agit d'un investissement où la seule garantie est son bénéfice à venir, particulièrement incertain en période de peste et de conflits.
La plongée que nous pouvons ainsi faire dans l'économie de l'affaire de ce marchand et banquier révèle le soin et l'organisation des fonctions de management de l'entreprise, qui , comme aujourd'hui, reposent sur la qualité de ses dirigeants, un marketing pointu et une administration serrée. Et ceci d'autant plus que les progrès majeurs de la gestion des affaires étaient à venir. La lettre de change commençait à peine, le nombre des monnaies d'échange était infini, la banque au sens actuel était naissante, etc. Tout cela était compensé par un incroyable travail d'écriture et de courrier, bien relaté ici. On ne manquera pas non plus de noter au passage la diversité des produits échangés et de leurs origines.
Ce qui intéresse aussi et peut-être même essentiellement le lecteur est la vie privée, familiale, intime de l'homme, éloigné de nous par plus de 700 ans et pourtant si proche.
Bien entendu, l’État providence n'existait pas, compensé par l'église omniprésente, vendant sans vergogne du paradis lointain. Chacun portait sa responsabilité et la famille et les liens amicaux étaient la meilleure assistance face aux périls. Le livre décrit bien ce lien d'utilité que les États ont peu à peu récupéré, tuant à petit feu la fonction sociale solidaire de la famille et du premier cercle.
Ce qui m'a surtout touché ici est cette permanence des comportements, sages ou non, sensibles ou rationnels, mais toujours humains par delà les 700 ans qui nous séparent de cet homme, qui reste notre proche et qui, comme nous, se demande ce que demain lui réserve, aime ou déteste, agit et subit, se réjouit et tremble parfois, rêve et s'attriste et avec qui, un verre à la main, nous aurions tant à nous dire.
Albin Michel (1959), 365 pages
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