Donner au siècle la valeur qui lui manque
Ce court pamphlet propose de préciser ce qui est appelé actuellement le droit de l'environnement. Cela consiste à lui conférer une finalité pour en faire une valeur, celle de pouvoir vivre dans un monde habitable et cette nouvelle valeur est nommée l'habitabilité.
Mais ce n'est pas au bénéfice de l'homme seul que cette habitabilité est dressée en valeur. C'est pour tout ce qui vit, car il existe une interdépendance systémique vitale entre notre existence et celles des nombreuses formes de vie. Nous ne vivrions pas sans les bactéries que nous hébergeons, sans l'oxygène des végétaux, etc. Cette nouvelle valeur, pour devenir efficace, doit alors entrer dans notre droit pour que les atteintes qui lui sont faites ne restent pas impunies.
Même si l'idée est intéressante, ce qui est proposé ici pour introduire cette valeur dans nos sociétés me paraît bien idéaliste, insuffisamment travaillé quant à ses conséquences et me semble, en pratique, irréalisable en l'état dans le monde réel.
Ce texte, bien que passionnant dans sa démarche, est souvent ambigu dans ses attendus.
Je me réjouissais de voir le titre oublier la valeur égalité, que la Déclaration des Droits de l'Homme n'utilise que comme égalité des droits. Or le texte retombe dans la compréhension populiste, égalitariste, trahison délibérée du texte original.
Le texte adopte aussi la convention très en vogue que l'homme est seul responsable du réchauffement avec son Co². Le caractère systémique et complexe des facteurs du réchauffement rend cette interprétation idéologique et probablement inexacte. On peut donc soupçonner ce document d'a priori, ce qui entache sérieusement son objectivité et gâche la qualité de sa réflexion.
Les longs développements sur la façon de faire entrer cette valeur dans les mœurs conduisent, selon le texte, à une introduction par le droit.
Sans doute, mais a-t-on réfléchi aux conséquences de l'introduction d'une nouvelle règle dans la jungle administrative ? Non. A-t-on travaillé sur son coût ? Non. A-t-on réfléchi à son impact économique ? Non. Arrêtons-nous là pour constater qu'encore une fois, une bonne idée va se perdre pour être restée spéculative et avoir oublié de se confronter à la réalité.
De plus, sa faisabilité dans l'état dégradé des relations internationales actuelles et le recul massif du respect des règles supranationales par les grands pays supposerait que l'Europe se flagelle seule, encore une fois. C'est politiquement inadmissible.
Et n'oublions pas qu'en matière de droit international, la Cour Pénale Internationale n'a pas été reconnue par 42 pays, dont les principaux, USA, Chine, Inde, Russie, etc. Une règle comme celle-ci, qui n'a de sens et d'efficacité que si elle est universelle, se heurte donc là aussi à un manque de réalisme dans son projet d'introduction.
Un pamphlet intéressant, mais hors sol.
Tracts Gallimard (2026), 62 pages
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