Ici, comme pour toute œuvre poétique, de plus écrite ici par une main coréenne, notre rapport au texte doit rester sensible et ouvert, sans bénéficier des sous-entendus culturels qui nous auraient assistés si l'auteur avait été français. Mais la recherche d'un au-delà des mots, que sous-tend toujours l'écriture poétique, a aussi une charge humaine universelle nous permettant d'ouvrir quelques portes. Nous trouverons que l'une est la couleur blanche, une autre le temps, une autre aussi le silence, une autre enfin l'inquiétude de vivre. Nul ne saurait dire tout cela aussi bien et aussi simplement que l'auteur. Un livre à lire, relire et méditer.

 

De très courts récits, tenant en général en une page, vont constituer ce livre. La lecture de chacun, comme celle d'un poème, attend un écho de nous, de nos sentiments, de nos souvenirs, de notre imagination. Sans doute faudra-t-il une ou deux relectures de chaque page pour que son souffle nous saisisse. Il en est ainsi de toute poésie, comme d'une œuvre musicale, d'ailleurs. Parfois nous contenterons-nous de laisser le jeu des mots nous bercer, en attendant une relecture future !

Un thème m'a paru dominer ce travail, celui du temps, sans qui ni le passé ni le futur ne se conçoivent, sans qui aucun souvenir, aucun savoir n'aurait de sens, dans un monde sans cause ni conséquence, sans vie, silencieux, glacé, blanc peut-être. Et pourtant, ce temps à l'impensable absence ne se rend perceptible à aucun de nos sens, sauf par les conséquences de son écoulement. L'auteur nous dit "écouter le temps" ; n'est-ce pas plutôt, en creux, son silence qui le touche l'obsède même, quand la main de fer du temps conduit, imperturbable, nos destins ?

On notera que jamais, dans ces textes, un son n'est rapporté. Les autres sens sont actifs, pas l'écoute. Et, tout au long des pages, le silence, les bouches closes, le défaut de paroles, le calme, etc., sont mentionnés. C'est sans doute la seule manière juste d'évoquer le temps, comme avec cet appel à la vie plusieurs fois répété, "ne meurs pas !", par ce que la vie témoigne de son existence, sans laquelle le doute serait permis.

Ajoutons la belle écriture d'événements simples de nos existences qui nous touchent, parfois nous enchantent, et font de ce livre, avec ce qui précède, une œuvre de très grande qualité.

Le livre de poche (2016), 151 pages