Ce court récit, au parcours sans heurts et étiré, m'a laissé perplexe. Le suicide d'une femme qui ne supporte pas la vieillesse voudrait paraître ici comme une réflexion sur la fin de vie et sur la liberté de la choisir soi-même. Le suicide n'a rien à voir avec les questions difficiles de la fin de vie dans des circonstances graves et la confusion mise en scène ici me dérange.
Il me semble impertinent de s’apitoyer sur les caprices un peu sentencieux d'une bourgeoise vieillissante. Qu'elle se suicide si c'est son goût, avec ou sans mise en scène et phrases définitives.
Il l'est encore plus de faire croire qu'il s'agit là d'un problème de liberté. Elle, vous, moi, nous sommes libres, à tout moment, de nous faire sauter la cervelle. De quoi parle-t-on, alors ?
Ce livre se trompe d'objet. Il ne parle que de confort.

 

On peut reconnaître à ce roman qu'il fait réfléchir à un sujet voisin, celui de désirer la mort quand on redoute que la vie devienne trop dure ou simplement inconfortable et que l'âge ôte peu à peu les moyens de se conduire seul, l’EHPAD en étant le parangon. Quelques remarques personnelles à ce sujet.
D'abord, il me semble que cette situation est progressive et variable, car depuis notre naissance, nous sommes plus ou moins dépendants des autres.
Ensuite, cette situation n'est pas automatiquement synonyme de dégout de la vie. Parfois même à l'inverse, la vie se goûte mieux avec l'âge. Encore faut-il s'y être préparé.
Une des périodes les plus difficiles de la vie est la grande adolescence. Faut-il au nom de leur liberté et de leur désir de mort fournir ces individus en poisons confortables ? Absurde, n'est-ce pas ?
Enfin, la solitude dont souffrent certains est bien souvent une conséquence de leur égoïsme. Les amis, la famille, les enfants ne sont pas un dû. On ne reçoit souvent qu'à proportion de ce qu'on a donné. Et ne parlons pas de ceux qui, ivres d'eux-mêmes, n'ont pas voulu de famille ni d'enfant.

Ce livre pose ainsi une question ambiguë, à laquelle je ne crois pas qu'il existe une bonne réponse s'imposant à tous. Je désapprouve, même si je le tolère, ce militantisme d'un droit universel discutable à la mort confortable face à une crainte, tel que le défend ce roman.
Je ne pense pas que dans des circonstances où est absent le risque mortel certain et à brève échéance, accompagné de souffrance et de déchéance profonde, il soit sage de faciliter le suicide, qui doit rester une décision difficile, personnelle, et demander un effort, comme tout exercice responsable de la liberté dont on dispose encore.
L'inverse serait un hommage à un éventuel caprice et pourrait même ouvrir le chemin à des malversations.

Grasset (2024), 140 pages