Quel beau récit que cette aventure d'une tribu du Grand Nord qui doit affronter les dangers et la faim lors d'un hiver particulièrement rigoureux ! Leur chef devra, du moins, croit-il devoir le faire, se séparer de deux femmes âgées jugées improductives.
Grâce à leur expérience, au contraire, elles sauront survivre à l'hiver de l'Alaska et finalement apporter bien plus à leur tribu ingrate.
Ce récit, souvent émouvant, au cœur de la neige et du silence, est mené simplement, pas à pas, sans emphase. Une réussite.
On apprend beaucoup sur cette vie simple, où la rigueur des conditions de vie rend toute erreur fatale et où la valeur de l'expérience est la clé de la survie. Pas d’État-nounou pour assister celui qui ne prévoit pas l'hiver qui vient et n'a pas fait ses réserves d'énergie et de nourriture, ou n'a pas préparé son abri ou ses vêtements ! L'organisation de la tribu y travaille, mais le récit montre que peut-être, parfois, un plus grand recours à l'initiative individuelle est un avantage.
Le groupe abandonne ses deux anciennes, convaincu qu'elles mourront sur place. Elles qui, dans le groupe, jouaient le rôle de vieilles femmes à charge qui leur était dévolu, vont oublier ce rôle et vont puiser dans le savoir accumulé au long d'une vie les moyens de se nourrir, se vêtir, se chauffer. Elles sauront ainsi mettre en œuvre des ressources inattendues pour réussir leur objectif : survivre. On apprendra plus tard que la tribu aura beaucoup moins bien fait !
Mais ce sont leurs retrouvailles et leurs conséquences qui sont l'acmé du roman.
Pardonne-t-on à ceux qui vous ont envoyé à la mort ? Et que faut-il penser si votre fille fait partie du jury et s'est tue ? Doit-on triompher face à leur détresse quand il est patent qu'ils ont failli ? Doit-on encore les aider, malgré tout, quand il est évident que leur situation matérielle dérape ? Avec prudence et empathie, l'auteur aborde ces questions et leur donne une solution humaine et au fond, favorable à la survie du groupe.
Je crois bien, quand même, que si j'avais écrit le roman, j'aurais dégradé le chef !
Un très beau conte, qui se lit facilement et qui touchera tous ceux qui ont encore un cœur qui bat.
Gallmeister (2025), 128 pages
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