Il est intéressant de rencontrer un roman écrit en grande partie, semble-t-il, par IA. Cela n'a pas abouti pour moi à un grand roman, pour autant. Ni le fond (un exil forcé face à une insurrection armée) ni la forme ne m'ont convaincu.
Faire de l'exil un récit d'aventures est réduire cette situation effroyable à un western. Demandons à Stefan Zweig pourquoi il s'est suicidé, par exemple.
Quant au style, jeu permanent sur le sens des mots et sur de belles phrases travaillées, il est à la longue lassant et, dans un récit à la première personne qui se veut dramatique, totalement inadapté à mes yeux par sa légèreté.

 

L'exil est un drame pour tous ceux qui le vivent, qu'ils y soient forcés ou non. Les circonstances décrites ici, d'un risque mortel, sont en fait rares, car la majorité des exils sont l'expression d'une recherche d'une vie meilleure.
Mettre en balance ses conditions de vie matérielles et la perte de ses racines est un jeu dangereux que jouent par exemple de nombreux jeunes français, diplômés, allant s'installer là où ils espèrent s'enrichir. Le roman n'aborde cela que par allusions et laisse penser à tort que la fuite face à un risque mortel est le cas général.

Le style d'écriture nous distrait au début de la lecture, mais il devient vite lassant et il convainc que le fugitif était doué d'une intelligence exceptionnelle, voire artificielle, pour continuer à faire de bons mots en train de se noyer ou de patauger dans le froid, les pieds dans la boue. Une telle frénésie à faire de la littérature dans ces conditions est incohérente avec la situation décrite et rend le livre peu crédible.

On peut lire ce roman comme une aventure pimentée. Ce serait une réduction indigne de la situation décrite. Ce roman sonne faux.

Grasset (2026), 270 pages