L'auteur (1805-1868), honoré dans les pays de langue allemande, mais peu connu en France, manifeste dans ses écrits le rapport particulier du monde germanique au sol, à la terre, à la nature. Les trois nouvelles présentées ici sont tout à fait caractéristiques de cette relation qui mélange respect, désir de connaître et de comprendre, en même temps qu'une conscience de la dureté parfois implacable de cette nature, à laquelle pourtant, l'homme doit tout. Nous sommes bien loin de cette idée des Lumières d'une nature au service de l'homme, qui a conduit aux excès que nous connaissons. La lecture de ces trois belles nouvelles est une caresse sur nos plaies.
 
Ces trois nouvelles offrent aussi une caractéristique fréquente des romans germaniques, dits de formation. En effet, ce rapport équilibré à la nature s'apprend et particulièrement chez l'enfant ou l'adolescent. Il lui faut connaître les espèces animales et végétales et leurs caractéristiques, comprendre les mécanismes essentiels de cette nature dans tous ses avatars pour en utiliser certains à notre profit, mais aussi s'en protéger quand la nature devient menaçante. Rien là de scientifique, dont on nous barbouille les oreilles de nos jours, mais du pratique, de l'expérience, du concret. Quel écologiste sentencieux sait encore reconnaître de nos jours un aulne ou le tarin qui s'y pose, ou même l'arrivée d'un orage, par exemple ?
 
Un point m'a d'ailleurs frappé, qui est que cette lente découverte du monde ne provenait pas de l'école, jamais mentionnée dans le livre. Elle se faisait sur le tas, dans le cadre familial (que sont devenues les préoccupations des familles de nos jours ?), ou par les rapports avec des proches un peu plus âgés dans une sorte de rapport maître à élève bienveillant qui apporte autant à celui qui explique et enseigne qu'à celui qui reçoit. Voici une façon de construire le lien familial ou social, bien négligée de nos jours. L'école, famille de substitution, ne s'en inspire sans doute pas assez.
 
J'ignore si ce rapport intense, mais prudent et respectueux à l'environnement est à l'origine du poids de l'écologisme en Allemagne, même si celui qui prévaut, souvent idéologique et inculte, peut paraître loin de l'approche traditionnelle. Il n'en reste pas moins que la migration vers les villes, liée à la mécanisation de l'agriculture, rend l'approche traditionnelle de cette nature, que les hommes n'habitent plus, dans ce qu'elle avait de simple et de convivial, presque inaccessible. Alors, comment remplacer cela ?
 
On savourera le style des descriptions de nos milieux que l'auteur propose dans ses nouvelles. Dans la première, en particulier, il nous entraîne dans une tempête mémorable dont nous devrons franchir chaque étape sans faiblir et où quelques idées simples, mais fondées sur le savoir pratique font des miracles. Un livre original et riche.
 
Cambourakis (2020), 235 pages
 
NB : Le 2 qui figure après le titre signifie que j'avais déjà, en 2003, fait une fiche de ce livre et je l'avais oublièe ! Pour ceux qu'une comparaison peut amuser, voici la page de cette fiche.
Et, si A. Stifter vous intéresse, il avait écrit un autre beau livre sur des thèmes voisins, L'homme sans postérité, dont on trouve la fiche ici