beigbeder fin
 
"J'ai créé plus de beauté avec mon sperme qu'avec le travail de toute une vie". Le ton est donné sur l'immense respect que l'auteur porte à son nombril et à ce qui pend un peu en dessous. Chacun sait, n'est-ce pas, que ce qui fait la beauté d'un enfant est le sperme de son père présumé ? Dans ce climat d'un égotisme envahissant, quoi de plus naturel que de rechercher la préservation éternelle de ce moi resplendissant ? Alors, éperdu d'immortalité, l'auteur passe en revue tous les gourous plus ou moins sérieux qui prétendent prolonger la vie. Intéressant trajet, mais mené sur un ton persifleur qui est au fond un art éprouvé de ne pas se mouiller, mais ne permet jamais au lecteur de se construire une opinion quelconque sur les pistes présentées. Un gâchis ?

beigbeder f romanCe livre a le mérite d'attirer l'attention de ceux qui, comme la plupart d'entre nous en ignorent tout, sur la pratique de la ''garde à vue'' (500 000 par an en France !) et sur sa contribution à faire naître la vérité. Le reste...

L'auteur, beau linge et arrogant étale son spleen et son immaturité dans la fête et la drogue. L'ennui est qu'il se fait prendre. Et, en dépit du succès de sa plume et de son nom "people", il est envoyé au dépôt, en garde à vue.

Dans ce cas précis, où les faits sont patents et qu'il ne les nie pas, quel est l'intérêt de cette mesure dont il décrit bien la violence et l'inhumanité ? FB a raison de poser cette question, qui agite actuellement le monde politique et nous fait traiter de "barbares" par nos voisins européens. Mais, comme dans le reste du livre, tout cela est traité avec beaucoup de légèreté, ce qui n'exclut pas une certaine violence verbale, mais reste un peu à la surface des choses.

Et, à mon goût, l'auteur gaspille une part de son crédit quand il affirme qu'il avait le droit de se droguer, puisque cela ne fait de mal qu'à lui. C'est un propos qui va de soi dans notre univers, où seul le droit de la personne est considéré et non celui d'une société à faire un choix de valeurs. Propos d'ailleurs souvent conforté par les décisions de justice.

Mais, j'allais oublier ! Cette incarcération à la vertu de faire jaillir des souvenirs d'enfance chez notre auteur. Pourquoi pas. Mais cette longue énumération d'instants, de souvenirs de gosse de riche un peu snob, est lassante.

Et, bien entendu, comme l'affirme sans vergogne la 4e de couverture, tous ses malheurs sont causés par les autres : la génération précédente, un coeur brisé, la famille, le pays et le capitalisme. Et puis quoi, encore ? Immaturité pathologique ! Quel mépris peu ceux qui s'en sortent (il ne s'en sort d'ailleurs pas si mal lui-même), et qui ne bénéficient ni de ses dons, ni de ses sous.

Un livre pas très sympathique, en dépit de la justesse de la mise en cause d'une pratique policière discutable.

Grasset (2009) - 282 pages