"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
Si vous voulez faire tomber votre reste d'optimisme, il y a mieux que notre gouvernement actuel : ce roman, noir, cruel, déséquilibré. Pourquoi tant d'amertume ?
Une femme américaine, Holly (quel nom !) mal dans sa peau, va, pendant une journée vivre dans l'oeil du cyclone qui finira par l'emporter. Son repas de Noël est un fiasco : rien n'est prêt, les invités se décommandent bloqués par la neige, sa fille si belle, douce et sage l'envoie balader à tout propos, sa belle-mère a un malaise cardiaque en chemin, son mari n'est pas là, etc.
Ca, c'est la façade. Un peu longuette et répétitive, d'ailleurs. L'ennui guette. Mais on nous fait deviner qu'au-delà de cette façade, le pire est en marche derrière les portes fermées et au bout des couloirs sombres de l'esprit. Et le pire est pire que pire, comme nous l'apprendrons à la fin.
Pourquoi tant d'horreur ? Si nous avions là un de ces romans fantastiques où tout est dans la nuance, l'atmosphère, le rêve, l'inquiétude mal cernée, je dirais "pourquoi pas ? ". Mais nous sommes dans le quotidien trivial où les carottes sont moisies, l'aspirateur n'est pas à côté de la table de ping-pong et autres révélations, dont je vous avoue qu'elles m'assomment.
Ah, je suis injuste : nous avons un grand portrait psychologique d'une démente que la vie écrase. Comment pourrait-on vivre en ignorant que le monde qui nous cerne est si fragile et effroyable ? En étant conscient que raconter de telles blessures n'est pas, pour moi, une recette de vie.
Et surtout en écoutant une sonate de J. S. Bach et en caressant son chat.
Une écriture légère et détachée, pour raconter l'apocalypse créée par une épidémie de peste dans le Midwest américain. Et pour nous dire, aussi, que tout n'est pas toujours perdu et que nous pouvons, ou non, fabriquer nous-mêmes, les conditions de notre équilibre et de notre sérénité.
L'intrigue est d'abord celle d'un ménage qui tourne mal. Ce qui serait courant, s'il n'y avait à gérer trois enfants d'un premier mariage, ados difficiles, et un chalet (près d'un ravin !), dans un village sans âme.
Mais surtout, une épidémie de peste détruit peu à peu toutes les fonctions de la société : l'énergie (électricité, essence, etc.) se tarit, la nourriture devient rare et finit par manquer, et les institutions cessent progressivement de fonctionner. Une violence relative s'installe, et l'on sait gré à LK de ne pas trop jouer avec cela.
Devant ce monde terrifiant, une seule ressource : prendre ses responsabilités et faire face, eu s'adaptant à la nouvelle donne. Garder un espoir sans illusion que de tout cela naîtra un nouvel équilibre, qu'il faut construire. C'est ce que fait l'héroïne, Jiselle, qui retrouve sa sérénité et sait créer autour d'elle une chaleur humaine nécessaire à la formation d'un nouveau "Monde parfait".
Bien entendu il faut croire à cette descente aux enfers, dans de telles conditions. Certes le talent de LK, son sens du détail juste, son style vif, léger, y aident. Elle sait user d'images qui touchent, images qui parfois peuvent devenir cruelles ou violentes. Mais que ferait-on d'autre devant la porte de l'enfer ? A noter aussi l'usage fréquent de symboles, comme le sacrifice de l'oie, le ravin, etc. Une remarque, enfin : ce roman est lent, jouant plus l'atmosphère que l'action.
Un petit sourire, quand même, devant ce monde où seules les femmes agissent, et où les hommes disparaissent ou fuient. Illusion à la mode... Et puis, cette autre concession à l'idée politiquement correcte que le retour à la nature et à ses valeurs simples est une solution. Un peu écolo-facho, non ?
A part ces quelques modestes réserves, voici un bon roman, bien ficelé et que l'on a envie de lire d'un trait.