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Sous titre : Réflexions d'un physicien
 
Un physicien à l'esprit déluré se pose la question de ce que le savoir scientifique acquis à ce jour (en 2007) permet de dire sur la place de la vie dans l'univers. Il ne cherche pas à établir des démonstrations irréprochables (est-ce d'ailleurs possible dans ce domaine ?), mais plutôt à voir les portes qui restent ouvertes à un esprit qui ne croit pas qu'existent des réponses toutes faites.

dyson scientifique rebelle

Que cette littérature apporte de fraîcheur ! L'auteur a eu une vie riche de contacts avec des hommes exceptionnels, en particulier, mais pas seulement, dans le domaine des sciences physiques et mathématiques. De cette expérience il extrait sa philosophie de vie, sans théoriser, sans passion, sans idéologie. Jamais il n'exploite non plus sa grande notoriété scientifique pour affirmer des "vérités" que ce soit dans son domaine ou en dehors. C'est assez rare pour être noté. Paradoxalement, cette modestie simple donne à ses choix une puissance remarquable.

FD est, bien que physicien théoricien, un homme de l'expérience : "Les grandes avancées scientifiques résultent le plus souvent de nouveaux outils, et non de nouvelles doctrines". Toute son approche manifeste ce pragmatisme ouvert, qui attend de la plongée critique dans les faits observés la source de tout progrès de la compréhension du monde. Son approche prudente des questions que soulève l'évolution climatique en relation avec le carbone en est un bel exemple, comme sa réserve sur toute spéculation et à plus forte raison, toute "vérité".

Conscient de l'inquiétude provoquée par l'usage dévoyé de la science, FD nous propose ses réflexions, toujours aussi pragmatiques sur ce qui fait question : nucléaire, biologie, etc. Il partage nos réserves quand il dit "La puissance militaire ne devrait jamais être confondue avec la vertu morale et les chefs militaires ne devraient jamais se voir confier des armes de destruction massive". Problème toujours aussi actuel et dans lequel il n'hésite pas à souligner la responsabilité des scientifiques.

Ses "portraits" de scientifiques, de pacifistes, de généraux, etc., sont l'occasion de réflexions personnelles qui peu à peu construisent sa vision de la société. Elle le conduit à rejeter tout système, toute philosophie globale, dont il constate qu'ils ferment le monde plutôt qu'ils ne l'ouvrent. Il voit dans les systèmes, les théories physiques qu'un moment de notre compréhension du monde et de sa description, mais rien de "vrai" ni d'absolu. Autant dire que, s'il est tolérant vis-à-vis de la foi religieuse, il n'en est pas pour autant un adepte : "la science porte sur les choses et la théologie sur les mots". Notons, parmi ses portraits, celui de Richard Feynman qui est sans doute un des plus convaincants et des plus riches. Mais il est à noter que son respect pour ces hommes d'exception ne va pas jusqu'à les idéaliser...

Un très beau livre, tout d'intelligence, ce qui ne convient sans doute pas à tous les lecteurs...

 

Actes Sud (2006) - 329 pages