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On comprendra vite pourquoi ce livre, qui est un grand classique en Allemagne, est peu connu chez nous. C'est aussi ce qui en fait la valeur, car il apporte en quelques pages une incarnation romanesque aux concepts de patrie (ou terre maternelle) et de "droit du sang" (intégration par la descendance), caractéristiques de l'appartenance nationale en Allemagne et qui restent enracinés dans la culture du pays. Ce ne sont pas là les concepts usuels français, dominés par le "droit du sol" et le rapprochement avec nos voisins n'a pas fini de buter là-dessus. Ce roman est en même temps un classique du romantisme allemand du 19e siècle dont l'action, simple et presque rigide ne manque pas d'un charme désuet et évocateur d'un temps révolu.

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AS (1805-1868) écrit ici un roman qui rappelle les thèmes de "Cristal de roche". La nature, son cycle infini où la vie trouve refuge, la dureté du monde réel, la valeur irremplaçable des liens humains, mais aussi de la solitude dans la formation des caractères, tout cela y était déjà.

Ici, c'est encore un roman de "formation" ou "d'apprentissage" bien germanique, où un jeune homme trouve sa personnalité dans un contact rugueux avec un oncle étrange et lointain qui le fascine mais qu'il commence par rejeter pour y trouver en fin de compte un père impossible. Peu à peu l'initiation a lieu qui conduit le jeune Victor à son indépendance d'homme.

Mais le ton de ce roman presque banal, lui, ne l'est pas. Tout est dit à voix basse, simplement, même si on sent un bouillonnement violent en arrière plan. L'inverse absolu de cette littérature actuelle violente, agitée, en surface mais banale et presque vide quant au fond (Da Vinci Code, par exemple).

Un livre original et attachant.
 
Editions Phébus 'libretto' (2004) - 146 pages
 

stifter cristalIl s'agit de trois contes "naturalistes", écrits par AS (1805-1868), écrivain autrichien également peintre de paysages romantiques. On verra par exemple avec intérêt un site internet en allemand qui lui est consacré.

Le contenu des trois contes est assez classique : destins fragiles, soumis aux caprices d'une nature qui, à cette époque ne bénéficiait pas des préjugés favorables actuels et dont la dureté pouvait être impitoyable pour les faibles. Un ennemie ? Non, mais un compagnon souverain de nos vies qui nous invite à une modestie active. Je ne peux d'ailleurs m'empêcher de sourire au passage devant l'arrogance naïve mais orgueilleuse de ceux qui pensent que l'homme par ses oeuvres de pollution est en train de faire changer les climats ! Faites-moi penser à en parler aux dinosaures..

Deux points me frappent tout d'abord dans ces contes. C'est d'une part cette capacité de l'homme à accepter (je ne dirais pas comprendre) cette nature à la fois souriante, maternelle, mais aussi cruelle et violente qui est son sort inéluctable. Mais c'est aussi la capacité de ce même homme à retrouver par son courage et son travail une dignité que les brutalités furieuses de cette nature ont failli souvent lui faire perdre. Une manière de stoïcisme auquel je suis assez sensible : fais ce que tu dois et apprends à accepter avec grâce ce qui ne relève ni de ta volonté ni de ta capacité. Grand message d'espoir !

Un autre aspect de ce livre est fort attachant : la relation affective et éducative des enfants et de leurs grand-parents. C'est à travers ces derniers que passe, dans ce livre, une éducation concrète à la vie.

Mais surtout, ce qui retient l'attention du lecteur patient est la description incroyablement riche des paysages de montagne et de leur environnement changeant. On comprend que AS était aussi un peintre de paysages !

Un livre original.
 
Editions Jacqueline Chambon - 1985 (185 pages)