attali medias"Des signaux de fumée aux réseaux sociaux et après"
 
Une représentation des médias est difficile à conceptualiser. Il s'agit d'un bien immatériel dont le domaine est vaste et imprécis. Ainsi les comportements peu scrupuleux des Gafas passent inaperçus, d'autant plus qu'ils portent sur le média le plus immatériel de tous, internet. Et quand on entend la réaction "je n'ai rien à cacher", on constate que le sujet même des exactions n'est pas perçu. Voilà ce dont cet essai veut écrire l'histoire et faire l'analyse, passant par les médias plus matériels (presse, radio, TV) pour aboutir à internet. Et lorsqu'on a bien perçu que richesse et pouvoir découlent de leur possession, on comprendra vite que le média transnational et pratiquement sans contrôle qu'est le Net pose de vrais problèmes ! 

attali ruine dix ansComme souvent avec JA, du bon, les 5 premiers chapitres, et du moins convaincant, une suite normative en forme d'oracle dont surnagent, à mon avis, quelques bonnes idées. Dommage que rien n'ait été fait dans les années 80, où la France était prospère et où l'auteur détenait une partie du pouvoir...

Les 5 premiers chapitres sont un historique, bien documenté, des dettes publiques des Etats et de leurs issues lorsqu'elles explosent. Ce rappel est excellent, mais laisse le lecteur sur sa faim. JA reconnait, en effet, que la prévision d'une défaillance souveraine ne se mesure pas aux paramètres simples habituels, comme dette /PIB. Seule, une simultanéité d'indices nourrit une crainte. A l'évidence, la France s'approche de ce point d'impuissance, sans même faire l'hypothèse d'une remontée des taux, qui accélérerait le phénomène. Il est bon de le rappeler, comme le fait d'ailleurs assez bien le chapitre 8 du livre en présentant des chiffres inquiétants.

Une réflexion utile me semble celle faite autour de la question : "Qu'est-ce qu'une bonne dette ?". La réponse est de bon sens et tourne autour de ce que la dette doit couvrir : des investissements (matériels ou immatériels) dirigés vers une amélioration de la nation sous tous les aspects (éducation, productivité, sécurité, etc.) sont de bons choix, que la dette peut en partie couvrir, car ils seront payés par les générations futures qui en bénéficieront. Le reste (les dépenses courantes en particulier : retraites, protection sociale, etc.) relève de la consommation de la génération qui le produit et ne doit pas être couvert par de la dette. Bien entendu, la classification n'est pas toujours aussi simple, mais le principe peut difficilement être discuté.

Quant aux envolées sur des instances internationales qui apporteraient sagesse et régulation à un monde en état de folie financière impunie, c'est, à mes yeux, à peu près n'importe quoi, au-delà du mépris de la démocratie dont cela témoigne. Notre pauvre Europe, qui détient un certain pouvoir, peu démocratique d'ailleurs, n'a rien fait jusqu'ici, sauf dépenser l'argent des contribuables dans un but financier et sans réelle équité (impunité des fauteurs de troubles). Et elle ignore pratiquement les contraintes économiques ; si elle ne le faisait pas, elle aurait répudié l'Euro, obstacle à la reprise économique des pays peu productifs et merveilleux cache-misère. Mais JA ne le dit pas, car il est financier et non économiste.

A lire quand même pour les 5 premiers chapitres !

Fayard (2010) - 261 pages
 

attali crise

 

 

Avec le brillant dont il est coutumier, JA présente ici dans l'urgence sa vision des causes de la crise financière, le déroulement de cette crise et propose des solutions. Mais on le sent pessimiste...