rushdie golden
 
Quel feu d'artifice ! Quelle imagination ! La forme de ce roman est d'une virtuosité qui éblouit, au risque de perdre un peu le lecteur. Et pourtant, je n'ai à aucun moment senti une empathie quelconque vis-à-vis des personnages, marionnettes du montreur se fauves qu'est Salman Rushdie. Nous sommes conviés à une sorte de "Marche de Radetzki" d'une famille que l'on rêve de ne jamais rencontrer et peut-être en parallèle de celle d'une Amérique qui s'enfonce dans la vulgarité, dans l'oubli de ses valeurs et qui perd sa respectabilité. De cela, SR souffre vivement en observateur distant, mais impliqué. Le livre reste cependant léger, pétillant même, mais sans réelle profondeur, au contraire de la vraie "Marche de Radetzki". Les acteurs de ce roman noir sont bien des fauves rares qui, pour moi, relèvent du cinéma ou d'un jeu vidéo, une écume que le temps disperse.

rushdie patries

 

Ce livre réunit des articles de SR parus entre 1980 et 1990 dans la presse anglaise et aux sujets divers, mais incontestablement orienté et liés par l'origine indienne de l'auteur aujourd'hui citoyen britannique. Ils ont, pour l'ensemble gardé leur pertinence et leur intérêt, ce qui à notre époque n'est pas un mince compliment.

Au fond, et à la différence de Naipaul, c'est moins l'Inde qui intéresse SR que son propre statut d'expatrié qui lui confère du recul par rapport à son ancien pays et le plonge dans le monde imparfait de l'émigration, où il ne sera jamais un écrivain britannique, mais un écrivain "de langue anglaise", ou pire, "du Commonwealth".

N'étant plus indien, pas tout à fait britannique, il devient un homme du monde, sensible à toutes les causes qu'il estime justes. Il nous parle ainsi à sa manière de la Palestine pour laquelle il exprime sa souffrance.

Particulièrement intéressant est son rapport à l'Islam, sa religion de naissance dont il s'est écarté, mais qu'il connaît bien. Ses articles sur le scandale des "versets sataniques" le prouvent. Son analyse des régimes politiques du Pakistan sont également passionnants.

Il passe aussi en revue des hommes, écrivains, artistes, hommes politiques ; revue pimentée, originale et souvent savoureuse.

Un livre touche à tout mais recommandable à ceux qui acceptent de ne pas espérer qu'il n'y a qu'une bonne façon de voir le monde...

Editions 10/18 domaine étranger (1991). No 2567
 

rushdie soupir

 

Salman Rushdie fait preuve dans ce premier roman de son incroyable talent de narrateur et ses personnages vivent, nous fascinent, nous trahissent, car on y croit. Le roman tient, que l'Inde nous concerne ou non, écrit avec une vigueur qui ne se relâche pas et une verve et un humour à la frange du loufoque, sans pareils.

Comme "Les enfants de Minuit" ce roman prend prétexte d'une saga familiale pour nous conter en filigrane l'histoire mouvementée de l'Inde, à travers des destins exceptionnels.

Mais, au delà du plaisir de la lecture, je ressens un scepticisme, presque un désespoir devant la condition de l'homme. Parti pris d'un jeune auteur ? Les lotus poussent bien dans la boue… Tous les personnages trahissent, flirtent avec le pire. Monde rude, en rupture avec la tradition, sans vérité, et sans pardon. Est-ce vraiment l'Inde ?

Un beau livre qui se lit avec enthousiasme, mais profondément pessimiste.

 

Pocket Plon, 2000