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Voilà, j'arrête à la page 446. Je descends du tapis roulant linéaire, monotone, mais subtilement agité du récit de la vie de Ferguson. Thème et variations, certes. Encore faut-il que la énième variation soit une découverte, riche, construite comme une nouvelle révélation. Ce n'est pas le cas et je m'ennuie. Les longues méditations psychologiques m'endorment. Et pourtant, c'est un bon roman, écrit par un maître que j'ai quand même accompagné pendant 446 pages sur 1020 (sic). Sans doute ne suis-je pas un bon lecteur de romans...

auster leviathanJe relis ce que j'écrivais du "Livre des illusions" et j'ai presque envie de me répéter car je retrouve ce que j'appréciais (ou pas) dans ce roman.

Les bonnes choses d'abord. La structure de ce livre est faite pour donner envie de le lire jusqu'au bout. Un chapitre fait attendre l'autre, un complément d'information, une explication. Il y a une tension qui montre que l'auteur est un romancier véritable. Avec cependant parfois (est-ce la traduction ?) des clichés d'une trivialité à pleurer.

Mais quelle histoire ! Comme elle ne me touche pas, sa ligne contournée finit par m'ennuyer. L'étrangeté d'une intrigue se justifie si elle ouvre une porte, une occasion d'entrer dans un univers pour le découvrir et peut-être le comprendre un peu. Je pense par exemple au livre de Suter "La face cachée de la lune". Mais si, comme ici, c'est pour traîner de couples en décomposition en terroristes au petit pied en passant par des magots improbables, tout cela est d'un superficiel qui lasse. Un surf aimable de roman de gare qui n'approfondit rien. Quant à y lire (cf. la quatrième de couverture) en filigrane le mal américain c'est lui faire beaucoup d'honneur. C'est vrai que sur une page blanche, parfois, on croit voir le filigrane..

Allez, ne soyons pas trop mauvaise langue : certains portraits (de femmes en particulier) sont bien brossés et méritent un détour. Pas un voyage.


Editions Le livre de poche 13907 (1993) - 320 pages
 

auster illusions

 

C'est, je crois, mon premier Paul Auster. La critique prétend que c'est une bonne cuvée, et je veux bien le croire. C'est bien construit, et j'ai eu envie de dérouler le fil jusqu'au bout. J'ai consommé.

Vous aimez les autos-tamponneuses ? Marrant, non ? Mais ne me dites pas que ça a quoi que ce soit à voir avec la conduite d'une voiture. Et bien, pour moi, plus assez jeune, le livre des illusions est un peu à une histoire crédible ce que les autos tamponneuses sont à la conduite. On ne s'ennuie pas, mais on n'y croit pas. Les malheurs que subit notre héros sont si effroyables et se cumulent de si belle manière que ça n'est pas vraisemblable. Pas plus que ses réactions d'enfant gâté à cette avalanche d'infortune. Rien à voir avec un bon roman qui sait vous engager, vous prendre un peu de votre libre arbitre pour y substituer sa logique, vous toucher aussi.

Monsieur Auster sait préparer les cocktails et celui qu'il nous sert là est très à la mode et a très bon goût. Mais il n'étanche pas la soif, et, en matière de risque d'ivresse, je suis certain que je pourrais reprendre le volant après l'avoir bu d'un trait. Parfois, ce n'est pas désagréable...

Éditions Actes Sud 2002