blas de robles tigres1

Ne vous laissez pas impressionner par les quelque 800 pages de ce livre. C'est une oeuvre remarquable que vous quitterez avec regret. Alors, offrons une oblation à Qüyiriche, ce qui nous vaudra, peut-être un jour, les Tigres 2 ? Ces quelques lignes ne reprendront rien de ce qui a déjà été fort bien dit ailleurs, sur le parcours impressionnant de JMBDR, son érudition, ses talents et en particulier celui de conteur, que les hasards de la vie n'ont permis de découvrir de visu. Ce qui me parait utile est de dire et d'écrire ce que ce livre, noir et sans illusion sous une apparence de folle légèreté, évoque pour moi, au-delà de la révérence que l'on doit en tout état de cause à une oeuvre impressionnante et qui mérite qu'on le proclame.

blas de robles ile nemo

 

Quel cirque ! Dans tous les sens, d'ailleurs. Image fragile du monde, image rêvée. Espoir de mieux, de plus... Folie, pourrait-on dire, délire, rupture, matrice d'autre chose ? Un grand rêve qui souvent finit mal lorsqu'il veut s'inscrire dans le réel, mais qui, dans ce roman, s'enfonce dans le noeud du typhon, nous laissant toute liberté pour lui donner, ou non, une suite.

blas de robles montagne minuitL'auteur nous propose, au Tibet, un voyage sur le chemin de notre existence propre et de ses conflits secrets, à travers deux personnages compliqués que le hasard fait se croiser et se comprendre.

Le monde réel (mais support de nos illusions ! ) a donné à Bastien Lhermite deux choses : les épreuves (dont il saura tirer de quoi améliorer son karma) et la méthode pour y parvenir : le bouddhisme tantrique du Tibet.

Il n'atteindra pas l'extinction (le nirvana). Il n'a pas acquis assez de mérite pour ne pas mentir et ainsi sacrifier à l'illusion toute puissante. Nous l'accompagnerons jusqu'à sa mort et son entrée au "bardo" à bord d'un avion au dessus de Berlin, ville qui semble avoir ici le même effet de trou noir que la gare de Perpignan pour Dali.

Au-delà de ce voyage spirituel, qui intéressera ceux qui ont un bagage bouddhique minimum, c'est un vrai voyage dans le Tibet de Lhassa que nous propose l'auteur, avec un talent remarquable.

Un Tibet en voie de sinisation, pour ne pas dire sinisé. Etant allé deux fois à Lhassa (1991 et 1998), j'avais pu constater une transformation si formidable, qu'elle est, à mes yeux, sans retour. Ce récit donne les saveurs encore perceptibles par le promeneur dans le Jokhang, ou sur le Barkhor. Tout cela disparait, sans que je puisse affirmer qu'il s'agit d'un drame qu'il faut éviter à tout prix. La situation antérieure était déjà celle de la fin d'une civilisation figée et impuissante face à la modernité.

Un très beau livre, qui donne à l'auteur l'occasion de rappeler son attachement à la fois au modèle du monde que propose le bouddhisme tantrique du Tibet, mais aussi, moins paradoxalement qu'il y paraît, à ne pas laisser la rumeur infondée salir le souvenir de ce que, concrètement, cette civilisation a réalisé et nous laisse, même si, aujourd'hui, elle ne suffit plus à assurer le fonctionnement d'une société.

Zulma (2010) - 168 pages