"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
Ce superbe livre est écrit pour ceux qui rêvent d'Himalaya, qu'ils aient fait le voyage ou qu'ils en fassent un projet, réel ou fantasmé.
A la beauté des photos de J-B Rabouan qui nous donne là les images d'une civilisation attachante et riche, s'ajoute un texte original, d'apparence simple et direct, mais qui se lira a plusieurs niveaux.
Le Ladakh est encore vivant, menacé certes par son ouverture, mais moins que le Tibet voisin. Ce témoignage sur le monde himalayen est une merveille qu'aimeront tous ceux qui tirent une partie de leur bonheur (et d'eux-mêmes) de la diversité du monde.
Editions Cheminements
Fontane écrit ce livre en 1898, l'année de sa mort. Il écrit là un grand roman qui nous étonne et nous charme encore.
Le style d'abord ; de longue conversations, parfois brillantes, parfois intimes nous prennent peu à peu au jeu des personnages. On les aime plus ou moins, on les comprend plus ou moins, mais on souhaite connaître leur destin. On a parfois un peu envie de leur répondre, de les interroger, de les contrer…
Le fond ensuite ; le livre est une longue méditation sur les rapports que les hommes établissent entre eux, tiraillés qu'ils sont entre leur savoir, leur nature et l'image qu'ils se font du monde et des devoirs qu'il y ont. Dialogue éternel que les morales "officielles", religieuses par exemple, ne guidaient déjà plus sans réserve à cette époque. Toujours très actuel, n'est-ce pas ?
Enfin ce livre est une merveilleuse leçon de tempérance, et de chaleur, qu'incarne remarquablement le héros, le "vieux" Stechlin.
Un roman très attachant, plus riche et plus profond qu'il ne semble au premier regard.
Editions Livre de poche - biblio
Averroès est un juriste, docteur de la Loi et philosophe musulman de l'Espagne musulmane, encore riche et tolérante (cela va souvent ensemble…) du XIIème siècle. Il est surtout connu par ses commentaires de la quasi-totalité de l'œuvre d'Aristote.
En quoi le "Discours décisif" nous concerne-t-il encore ? D'abord par ce qu'il prouve par son existence que cette époque faisait preuve d'une ouverture philosophique supérieure à ce que nous croyons souvent en savoir. Mais surtout parce qu'il aborde et traite deux thèmes encore sensibles aujourd'hui (voir S. J. Gould : "Et Dieu dit…").
Le premier est celui de la place du philosophe face au théologien. Et la conclusion est formelle : la révélation exige que l'homme ne se contente pas d'agir selon la Loi, mais que doté par Dieu de raison il en use pour comprendre le monde, s'il en est capable. Notons que philosopher à cette époque couvre toutes les activités d'investigation rationnelle du monde.
Le second, à mes yeux le plus important, est que l'univers étant unique, il ne peut pas y avoir contradiction entre révélation et savoir. Et donc si une telle contradiction apparaît, c'est que l'interprétation de la Loi est erronée et doit être révisée. C'est en fait la reconnaissance d'un domaine de la pensée humaine distinct et indépendant de la révélation. On sait combien cette indépendance fut bafouée par le fanatisme chrétien qui devait suivre, même si (est-ce ironique ?) le XVIIème siècle fut appelé siècle de la raison.
Ce livre essentiel de la civilisation musulmane du XIIème siècle, germe d'une pensée libre et ouverte, précurseur de l'humanisme devrait, me semble-t-il faire de nos jours l'objet d'une relecture attentive.
Page 322 sur 325