"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
La terre se met à tourner moins vite et devient, à moyen terme, impropre à la vie. A contre-courant, une adolescente découvre qu'elle aurait pu aimer cette vie qui s'échappe. Une sorte de tragédie pessimiste contemporaine, froide et désespérée.
L'affaire est peu vraisemblable : pour que la terre ralentisse, il faudrait qu'ailleurs, quelque chose d'énorme lui prenne son moment angulaire, ou que sa taille ou sa structure change ! Ca se verrait. Mais une fois cet événement accepté (tout le monde n'a pas mon respect pour le moment angulaire), l'affaire est bien menée et, il me semble, assez vraisemblable quant aux conséquences de ce ralentissement qui, à terme, rend la vie impossible.
Une adolescente, auteur de ce journal, sage et solitaire, découvre la vie. Elle prend conscience de la beauté de ce monde, de son affection pour certains êtres et de son indifférence à d'autres, de l'instabilité des sentiments, de la fragilité des liens entre les hommes. Et, bien entendu, elle découvre l'amour, mais dans les conditions éprouvantes de ce monde en ruine. Une sorte de roman d'initiation au crépuscule...
Le tout est dit sans emphase, froidement, calmement, presque avec une recherche de banalité d'expression. Cela renforce la fatalité inexorable de l'intrigue de ce récit. Chaque mot apporte sa charge d'inquiétude, d'écrasement, jusqu'à la perspective, devenue évidente, qu'un miracle seul puisse dévier le destin. Mais nul ne croit plus aux miracles. Alors, on ravaude sa vie.
Ce roman est bien de son temps, en ce qu'il se démarque du fantastique "classique" par le fait qu'il n'est plus local. Il ne s'agit plus d'un esprit vengeur, d'un lac mystérieux, d'un miroir magique, mais d'un embrasement du monde entier, à l'image d'un cinéma américain populaire. Cela traduit sans doute une inquiétude relayée par les mythes millénaristes actuels. Soit...
Oubliez Rousseau et lisez Mo Yan. Vous comprendrez que l'homme est une sale bête et qui il construit sa société à son image. Et, même si tout cela se passe en Chine, nous saurions faire aussi bien.
Un chantier isolé, semi-disciplinaire, accueille pendant la ReVoCu quelques pauvres types pour construire une route improbable conduisant on ne sait où. Pauvreté extrême, quasi-famine, petits chefs, tout semblerait réuni pour le pire. Mais cette pauvreté n'est pas misère, la famine reste quasi et les petits chefs baissent les bas quand on ne leur obéit pas. Mo Yan est passé par là, car je soupçonne que la réalité de ces camps de travail devait être effroyable. Tout cela raconté avec un humour détaché, impayable et bien propre à notre excellent auteur.
Deux germes de passions vont, par les actes qu'ils suscitent, chambouler l'équilibre de ce monde fermé : la découverte d'un trésor et le passage de femelles chez ces mâles frustrés. Je suis certain que vous anticipez déjà les dégâts. Vous avez tout à fait raison, il va y en avoir.
Mo Yan, lunaire, gentiment délirant et drôle, ne faillit pas ! Bonne lecture. Voir aussi "Le maître a de plus en plus d'humour"
BK a écrit là un très grand roman, qui dévoile une part importante de ses convictions, reflets de notre modernité inquiète du destin des hommes et de notre terre, dans une prose sensible et poétique, superbement traduite.
Le récit se déroule sur un mode "biblique", mais débarrassé des dieux abstraits. Six destins vont s'y dérouler, allant tous de la faute (l'ignorance, le fanatisme, la bêtise ?) à la rédemption (six saluts très divers) en passant par l'épreuve. Et, quelle épreuve ! L'action se passe dans le Congo belge des années 1960, où les hommes sont en survie et qui se déchire pour une indépendance qui lui est dérobée. La souffrance et la mort y sont monnaies courantes.
Lire la suite... Barbara Kingsolver, Les yeux dans les arbres
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