"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
Un livre déconcertant à première lecture, pour ceux qui cherchent aux effets, leurs causes. Et pourtant, c'est peut-être la meilleure façon d'aborder la Turquie profonde, que cette approche sensible, éclatée, presque hébétée. OP a reçu le prix Nobel de littérature en 2006.
La neige tombe en abondance et transforme un village anatolien en un huis clos, où les pires passions et elles seulement, vont se déchaîner au coeur d'un "silence qui donnait l'impression d'être celui d'un rêve". Certes, tous les rêves ne se déroulent pas chez les fées, mais ici, OP nous jette au milieu de démons violents, irrésolus et velléitaires. Et l'on sait bien aussi que les rêves révèlent un peu de ce qu'on cache, aux autres et à soi-même.
D'habitude, l'histoire, on l'apprend. Ici, mortecoilles, on la vit, on la sent et ça ne sent pas toujours la rose. Et plus vous ignorerez l'histoire de 1048 à 1087, plus vous lirez ce roman comme un thriller historique dont vous voudrez, toutes affaires cessantes, connaître la fin.
L'histoire est celle de Guillaume de Normandie dit "le Conquérant", qui fit de ce pays un pôle puissant et prospère de notre histoire européenne. Rien ne fut simple, dans ce monde féodal divisé, aux alliances en perpétuel changement. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque une information mettait plusieurs semaines pour faire quelques centaines de kilomètres, sans preuve qu'elle était bien arrivée. Ceci, au passage, explique en partie la féodalité, fondée sur des liens de proximité. S'ajoute une intrigue policière autour de livres sulfureux, qui pimente l'action.
Ce récit donne chair et muscle à un personnage historique un peu lointain, Jacques Coeur, qui a vécu au 15e siècle et a laissé un magnifique palais à sa ville de Bourges. Si l'on s'est tant soit peu intéressé au personnage, disons d'emblée que ce récit n'apprend pas grand-chose au lecteur qu'il ne sache déjà, mais il le met fort bien en scène.
Certes, bien des choses seront précisées, mais toujours avec ambiguïté entre l'histoire (le livre est bien documenté) et la fiction qui comble les lacunes historiques. Par exemple, le titre d'"argentier" du roi Charles VII prend ici un sens pratique et vivant. Mais surtout, le personnage est en situation, avec ses doutes, ses contraintes et l'exercice de sa liberté de marchand, puis de banquier.
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