"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
Accrochez vos ceintures, le voyage sera long, varié, ses étapes souvent inattendues et les rebondissements à la hauteur des ambitions d'un polard réussi. What else ?
Ce qui m'a plu dans ce livre est, avant tout, la variété infinie des situations de son intrigue et les domaines qu'il aborde, du nucléaire naissant (nous sommes en 1920) au monétaire (encore fondé sur l'or) à la psychanalyse, même si elle est un peu caricaturale ici.
L'intrigue va alors suivre un labyrinthe passant par toutes ces étapes, quelques personnages clés en assurant l'unité, certains proches de l'idéal humain et d'autres plus noirs que noirs. Que ce soient des banquiers ou des entrepreneurs ne plaide pas en faveur de l'originalité ni de l'indépendance d'esprit de l'auteur.
Quant à Monsieur Freud que l'on va croiser plusieurs fois, il va nous aider à comprendre que la pulsion du mal peut motiver certains de nos actes. Qui en aurait douté en ce temps là, après le massacre de 14-18 ? L'homme ne va pas à la guerre seulement pour son pays, mais pour son plaisir. Alors, par exemple, laisser son personnel sucer des pinceaux imbibés de radium (lisez, vous comprendrez) n'est qu'un moindre mal, même en en connaissant bien les conséquences.
On passera sur quelques invraisemblances scientifiques, comme la trace du radium dans les rues ou l'acide qui perce une plaque d'égout en un temps record. Elles sont un moyen élégant de jouer avec la réalité et nous rappellent qu'il s'agit d'un roman qu'il faut prendre comme un objet de plaisir fugitif. Et ça marche.
Soyons rassurés : ce n'est pas par ce qu'on trouve des solutions rationnelles aux mythes féconds qu'ils cessent de l'être. Sinon qu'adviendrait-il de nos religions et de nos lendemains qui chantent ? Ce qui n'empêche nullement de passer un bon moment constructif-déconstructif à la lecture de ce court roman historique.
L'auteur, en moins de 100 pages, mène l'enquête. Que sait-on de certain dans cette affaire (elle date du début du 18e s.) ? Qui a dit ou écrit quoi et surtout, quelle hypothèse heurte le moins la vraisemblance historique ? La pelote va se dénouer sous notre regard pour conduire à quelque chose qui tient debout, même si ceux qui auraient pu confirmer sont morts depuis bien longtemps.
Après les 29 grands romans, les 205 livres et articles et les 22 films sur le sujet, ne craignons pas un instant que la source ne soit tarie. De preuve irréfutable (irréfragable ?), il n'y a pas et l'imagination a besoin de tels appuis pour s'envoler. J'y contribuerai d'ailleurs modestement en suggérant à l'auteur un vrai roman historique de 600 pages, construit sur sa solution, bien riche de faits incontrôlables, mais plausibles, de la fesse, de l'honneur, du panache et de l'humour... Il sait si bien le faire : faites donc une recherche ici ou ailleurs sur l'auteur. Et, pourquoi pas, un film ?
En attendant cette parousie, contentons-nous du charmant squelette offert démasqué, qui se lit avec un plaisir incontestable, car, comme le dit un historien "In the mystery of the Iron Mask, there is finally more irony than iron..."
Ce livre écrit au 1er s. avant notre ère conforte notre sens d'une permanence profonde des comportements humains à travers temps et espace. La structure sociale change et les rituels de cohésion aussi, mais la matière humaine dure.
Il s'agit de la part "biographies" d'un immense livre d'histoire chinois, référence encore incontournable de cette époque. Ces biographies sont assez brèves (10 pages environ) et comportent en général une appréciation par l'auteur (l'historien) des événements rapportés. Cette appréciation est en général ce qu'un bon confucéen devrait penser des faits décrits.
Ce qui me frappe est l'actualité de comportements dont l'habillage social a certes changé, mais pas le fond, mais aussi les jugements de "l'historien", qui reflètent une sagesse parfaitement intemporelle. Un tel n'est pas à la hauteur de sa fonction ? Nous aboutirions aujourd'hui à la même constatation. Affaire du jugement (non de principes ou d'idéologie) et de courage de l'affirmer.
De ces biographies se dégage la réflexion d'un homme, érudit et bien informé, sur le "bon" gouvernement. Certes l'inspirateur est Confucius, mais lorsque SQ affirme, par exemple, que gouverner par des lois n'est pas un bon gouvernement et n'incite pas les hommes à la vertu, mérite de s'y arrêter. SQ suggère plutôt de gouverner par des activités collectives, les "rites". Songeons, par exemple au mal que nous nous faisons en supprimant, sans les remplacer par autre chose, les "rites" comme le service militaire !
Ajoutons à cela la qualité du texte et la remarquable traduction, sans oublier une préface qui recadre bien ce remarquable livre.
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