"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
Pour vivre, même pour un théorème, il faut d'abord naître. Mais comment cette fécondation, puis ce long mûrissement se produisent-ils ? Des coups de théâtre, des pauses, des redémarrages improbables et pourtant souvent réussis, des erreurs, stériles ou fécondes, une communauté qui veille, des dates promises et difficiles à tenir, voilà un cheminement difficile que CV nous fait parcourir en nous tenant la main. Passionnant.
Du Maroc à l'Afghanistan, un empire mondial a existé, il y a 2000 ans, dont la cohésion n'était due ni à la contrainte, ni à la monnaie, ni à la religion, qui, seules, auraient été débordées. Cela mérite certainement respect et admiration, mais ni l'un ni l'autre de ces sentiments n'aident à comprendre pourquoi il en a été ainsi, ni pourquoi cela a cessé après une réussite de plus de 1000 ans. C'est ce que ce livre remarquable, accessible à tous (avec un petit effort !), permet de se représenter.
Encore un DK ! Les vacances... Et celui-ci est assez original, un peu policier, un peu tranches de vie, un peu fantastique. Une agréable lecture en tout cas.
Comme toujours, c'est par les "tranches de vie", ici Paris vu par un Américain désargenté, que les livres de DK me séduisent le plus. Et ce serait encore meilleur s'il pouvait nous épargner certaines longueurs, un peu pesantes, dans les descriptions. J'aime aussi cette sensibilité au monde difficile de ces émigrés, ici Turcs, peu cultivés, mais devant survivre dans un monde dont ils ne connaissent pas les règles ni les lois, sauf certaines qui les touchent directement et dont ils comprennent fort mal les fondements. Petits boulots à la limite du légal, maintien de comportements issus d'autres cultures, intégration difficile, etc. Tout cela est rendu sensible par les événements décrits par DK et mérite d'être lu.
DK a également tenté, avec ce roman, d'introduire le fantastique dans le monde réel, terre-à-terre, où se débat le personnage principal. C'est à mes yeux un demi-échec. Son fantastique est dur, coupant, brutal. Il ne joue jamais l'équivoque qui embrouille si bien le lecteur, qu'il ne sait plus si la chose dite est vraie ou rêvée, réelle ou imaginée. Je pense, par exemple à Maupassant... Ici, on ne trouve qu'une superwoman, redresseuse de torts, violente et sanguinaire en guise de spectre "bienfaisant". Triste fantastique, à la mode hard rock, qui ne décolle pas.
A lire quand même pour s'évader.
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