"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
Ce roman est une histoire rêvée des 40000 manuscrits des grottes de Dun Huang, sur la route de la Soie découverts au début du vingtième siècle et écrits dans les dizaines de langues en usage au 11ème siècle dans cette région du monde incroyablement ouverte à l'époque. Ce fut une découverte inestimable pour notre connaissance, mais l'origine de cet enfouissement d'une telle quantité de documents est mystérieuse. Y. Inoué, mort en 1991, imagine ici une histoire, tout à fait plausible, de cet événement.
Inoué est un merveilleux conteur et ce roman ne déroge pas. Il montre avec son talent habituel l'incroyable complexité du monde des frontières de l'empire chinois où, face à cet empire, des peuples souvent violents et en tous cas moins organisés que leur grand voisin cherchent à mener razzias et coups de mains, dès que la vigilance chinoise s'assoupit. Le cas des Xixias, dont traite ce roman, est particulièrement significatif, ce peuple ayant sérieusement menacé la Chine en son temps en bâtissant sa force sur des alliances toujours fragiles et l'usage de mercenaires, y compris chinois.
C'est aussi un conflit de croyances, non sans arrière pensées politiques. La route de la soie fut particulièrement féconde et sut accueillir toutes les religions que le reste du monde réprimait, comme le bouddhisme chassé de Chine au siècle précédent, ou les religions chrétiennes dites schismatiques, ou encore les religions persanes. Il suffira d'attendre encore quelques années pour que s'y ajoute l'islam...terriblement manichéen et fort peu respectueux des civilisations qu'il fera en fait disparaître sans vraiment les remplacer. Cette incroyable diversité et un calme relatif ont été rendus possibles par la paix garantie par la férule chinoise, qui permettait du même coup un commerce prospère. La problématique a-t-elle vraiment changé ?
Un livre passionnant qui tient l'attention et riche d'informations originales. Qu'espérer de plus ?
Éditions Bibliothèque cosmopolite Stock 1995 (235 p.)
AL est né à Budapest en 1930 dans une famille aisée de cette ville. Après avoir subi une persécution pour ses origines juives en 1944 , il subira la persécution communiste après la fin de la guerre pour son origine bourgeoise et émigrera en France en 1956 . Il est aujourd'hui professeur émérite à Paris XII.
Ce livre est une catharsis, provoquée par un voyage lucide, longtemps différé, de l'auteur dans son ancienne patrie hongroise. En effet, en 1997 il rassemble son courage pour plonger dans son passé, dans son enfance et son adolescence, et essayer de trouver une réponse à la question lancinante qu'il porte en lui : "mon pays, pourquoi m'as-tu abandonné ?".
Car abandonné, il l'a été deux fois.
D'abord au cours des années 1940 où il portera l'étoile juive, lui qui avait été baptisé et n'avait pas reçu la circoncision. Lui dont la famille avait recherché sans réserve l'intégration à cette Hongrie jusque là ouverte, et qui sera dépouillée de ses biens et molestée. Il subira toutes les humiliations antisémites qui atteindront leur paroxysme en 1944, à l'époque des sinistres "croix fléchées" hongroises, assistants fascistes de l'envahisseur allemand.
Il l'a été une seconde fois entre 1945 et 1956, quand son passé "bourgeois" en fait un ennemi de classe pour les communistes fondamentalistes au pouvoir, lui empêchant de vivre une vie normale et de poursuivre sa carrière. La révolution de 1956 sera la rupture ; il quitte la Hongrie et dresse un paravent souvent inconscient entre son passé et sa vie nouvelle, en France. Il faudra attendre 1997 pour qu'il puisse regarder en face ce déchirement, cette Hongrie dont il aurait souhaité être fier et qui trahi lui et les siens par deux fois.
C'est cela que peu à peu le roman dévoile, cette blessure encore ouverte, cette relation d'amour - haine de l'auteur vis à vis de son ancien pays. Chaque pas dans la ville est un souvenir qui se dévoile, bon et mauvais. Cheminement passionnant, plein de discrétion et de nostalgie, sans haine, et qui conduit l'auteur à la sérénité. C'est aussi l'occasion de quelques très belles pages de réflexion ; lisez, à titre d'exemple les pages 97 et 98 sur l'humanité de œuvre d'art.
C'est enfin, pour ceux qui connaissent un peu et apprécient Budapest, et dont je suis, une promenade guidée qui donne à chaque pierre un peu plus de sens.
Éditions Viviane Hamy 2002 (281 p.)
Ce livre est un très vaste panorama de l'iconographie bouddhiste, incroyablement foisonnante et influencée, dans chaque pays d'Asie par les coutumes locales.
Bien entendu aucun résumé n'est possible, mais soulignons ce qui caractérise ce travail :
- Une tentative de structure est fournie, qui rattache les représentations à des catégories liées à la structure même du bouddhisme. Globalement elle reste d'actualité.
- De nombreuses illustrations aident à situer le propos. Fort utile !
- Beaucoup d'exemples sont d'origine japonaise, ce qui à mes yeux est fort intéressant, car ce pays moderne par de nombreux aspects et relativement prospère conserve un bouddhisme très actif.
Un excellent manuel pour ceux que le sujet intéresse.
Voir aussi, sur l'iconographie du bouddhisme tibétain le livre de Tcheuky Sèngué, Divinité et symboles du bouddhisme tibétain.
p. s. : voir aussi le livre de L. Frédéric sur l'Inde.
Éditions Flammarion 1992
Page 298 sur 325