"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
Voici un excellent policier, bien documenté et sans esbroufe ou "effets spéciaux". Une intrigue plutôt linéaire, mais qu'on a (moi en tout cas) envie de suivre jusqu'au bout. Un bon moment de détente.
Ce qui m'a frappé avant tout dans ce policier que je ne résumerai pas, c'est avant tout l'absence d'excès de sentiments, de situations, de langage. Pas de vocabulaire forcé, pas de sexe débridé, pas de flingues bavards, pas de situations tirées par la perruque ou de superhéros en collant rose. Du calme, du solide, des personnages que nous avons connus.. Ou presque.
Et puis une réserve de jugement permanente. Non que l'on ne sente pas parfois où va le choix de l'auteur, mais une volonté de rester factuel au milieu de ses personnages, une tolérance qui n'est pas de l'indifférence devant ce qu'il réprouve.
Enfin, un cours pratique,jamais doctoral, sur le fonctionnement de la justice et de la police dont la bonne entente est une condition du succès de leurs actions. Passionnant pour qui, comme moi, ne fait pas de ce sujet (à tort, peut-être), un champ d'approfondissement de ma culture. Sans oublier la frustration d'un pouvoir qui aimerait bien, parfois, être encore en royauté absolue. Et au passage un portrait croustillant d'un Président facile à reconnaître.
Tout cela pour ne pas parler de cette vie d'entreprises que certains hommes avides d'argent et surtout de pouvoir transforment en un ring d'un combat où la mise à mort est licite, voire recommandée. Ayant vécu dans ce monde une partie de ma vie, je m'amuse à retrouver dans ce roman des figures que j'ai croisées. Bien vu.
On ne s'ennuie donc jamais à cette lecture de ce roman sans emphase et bien construit. A lire devant un Armagnac (Cognac si vous préférez), mais en tout cas devant votre feu de cheminée avant que le Conseil Constitutionnel déclare recevable la loi qui va l'interdire.
Un excellent polard, bien ficelé, prétexte à un cours gratuit sur l'art de la pêche à la mouche en Franche-Comté. Et en prime, une ballade dans les sous-bois et les rivières de cette belle région.
Ce livre suit un autre, " Autopsie d'une truite", qui m’avait séduit. Celui-ci donne aux mêmes personnages l'occasion d'une nouvelle aventure, peut-être mieux ficelée que la précédente. L'intrigue est classique : l’appât du gain conduit parfois les hommes à oublier la loi... Ce fil, très bourgeois, générateur de haines familiales indélébiles, permet à l'auteur de nous en proposer ici une nouvelle version.
Mais, là comme dans le précédent roman, c'est le chant de la rivière, les bruissements de la nuit ou le ciel qui se couvre qui vont retenir notre attention et notre intérêt. PK sait remarquablement nous faire partager son amour de son pays. Chaque page est un hymne à cette vie que les citadins oublient, mais qui était la structure même de cette France rurale, pratiquement disparue. Seules nos lois, notre morale gardent encore ce parfum de ruralité en voie d'oubli.
Cette sensibilité à la nature et à ses lois intimes conduit aussi PK à constater les dégâts faits par notre actuelle civilisation au monde où nous vivons. Sans doute les truites et les ombres en souffrent au point de disparaître, mais nous aussi, sans toujours en être conscients. Ce rappel intelligent et sensible me semble valoir mille fois les prêches écolo-idéologiques à la mode. Là sont les vraies questions, la preuve de notre insouciance. Il est sans doute plus facile et plus payant de jouer l'inquisiteur sur les gaz à effet de serre que de s'occuper des vrais problèmes...
Un très beau livre, sensible et agréable à lire.
Nous avons tous en nous, bien caché, un autre nous-mêmes, plus audacieux, plus naturel, moins policé, qui nous fascine et nous inquiète, mais surtout nous éloigne de ce que nous voudrions être (paraître?). Kornel est ce double de l'auteur, un écrivain hongrois (1885-1936).
En une vingtaine de nouvelles brèves, nous allons faire la connaissance de ce double séduisant et un peu pervers. Pas toujours très régulier ni très honnête, Kornel. Mais on l'imagine sourire aux lèvres, sans scrupule, séduisant et sûr de lui. Tout ce que nous savons que nous ne sommes pas ; nous avons des principes, une éducation, une morale. Lui est la nature brute, pas encore façonnée par l'éducation.
Mais au fond de nous, protégé par nos refoulements, Kornel est là. Comme un négatif de ce que nous sommes aux yeux du monde, il est là, caché, mais bien présent. Et nous agissons en ayant toujours reçu son avis, que nous l'ayons sollicité ou non. Obéir à ses chefs, aider quelqu'un, prendre des responsabilités, s'engager, etc. pousse Kornel à réagir souvent cyniquement. Conscient et inconscient ? La lutte de l'individu face au citoyen ? Sans doute. Mais il n'y a qu'une façon d'être un individu et mille d'être un citoyen...
Il me semble que ce Kornel est précieux, comme un recours face aux excès de « Big Brother », à ce monde qui réduit notre sphère privée en peau de chagrin. Face aussi aux excès des gourous que notre siècle produit à la pelle, comme l'avait fait le précédent : racisme d'Etat, communismes pourvoyeurs de famines et de goulags, religions fanatiques, écologisme mystique, etc. Il va nous falloir un Kornel-Dionysos musclé pour nous rappeler nos instincts, notre nature, face à ces tsunamis. Non sans risque, certes !
Mais n'oublions pas que ce livre est avant tout un recueil remarquable de nouvelles, une très agréable lecture, qui se suffit à elle-même. C'est déjà beaucoup !
Page 153 sur 325