"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
Ce roman est le long monologue d'un homme au purgatoire. Mais l'image que l'on peut se construire du paradis ou de l'enfer auquel il pourrait conduire a tendance à se ressembler. Gris, gris, gris...
Un professeur sans grand caractère, blessé par une affaire de moeurs plutôt anodine, mais mal analysée par ses pairs, se réfugie dans un paisible village pour y purger l'attente d'une rédemption espérée. Il y découvrira que, comme au cours de sa liaison amoureuse détruite, seul préside le reflet perçu par les autres de la réalité, leur interprétation, et que c'est cela qui ils appellent la vérité.
Lire la suite... Charles Lewinsky, Un village sans histoires
HM m'avait enchanté avec Kafka sur le Rivage. D'autres lectures m'avaient amusé, sans plus. 1Q84 ne redressera hélas pas cette situation. Cette énorme saga (2 tomes parus) sent le procédé pour réussir : de la violence, de l'action, du Q (Orth. ?), au détriment du rêve qui vire souvent à la ratiocination vaine. Un talent qui semble se dissoudre dans la productivité littéraire et les grands tirages.
Lin Yutang nous apporte ici la suite de son premier tome (Enfances Chinoises), avec la même sensibilité et le même souffle. Le récit se termine par l'effroyable conquête japonaise, qui va le contraindre à quitter son pays. Mais il conserve sa foi dans ses valeurs (sa terre chinoise et la cellule familiale) et conserve son optimisme et sa confiance.
Tout ce qui a été dit pour Enfances Chinoises peut être répété ici et en particulier sa conviction que la molécule familiale est un élément-clé d'une civilisation équilibrée et paisible. La substitution de l'individu à la cellule familiale (ou à tout autre lien : politique, religieux, national, etc.) qui a lieu chez nous, mais aussi en Chine aujourd'hui pourrait bien lui donner raison. Que reste-t-il aujourd'hui aux hommes, comme lien autre que l'intérêt personnel, pour construire leur société ? Quelle utopie délirante ne vont-ils pas construire, puisque l'on sait qu'un retour en arrière serait encore pire ?
Un point mérite particulièrement notre attention dans ce livre : la sauvagerie japonaise dans sa conquête de la Chine. Nous le savions, mais c'est si loin ! LY montre d'une manière touchante et crédible ce qui s'est passé et les drames humains que cette invasion a provoqués. Certes, les Japonais n'ont pas l'exclusivité. Il suffit pour s'en convaincre de visiter le musée de la bombe A d'Hiroshima, ou de lire les récits des bombardements au phosphore de Dresde ou Hambourg. Sans oublier Auschwitz.
Pour conclure, insistons sur le coté paisible de ce roman en dépit de ce qui y est exposé et sur la richesse humaine et la sagesse qui en émanent. Une grande réussite.
Voir également du même auteur : "L'Importance de vivre".
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