"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
L'auteur nous propose ici une série de contes "philosophiques" à la mode du 18ème siècle, supposés écrits de 2030 à la presque fin des temps. Un œil faussement naïf découvre et commente les mœurs actuelles sur un ton toujours léger mais sérieux et plein d'humour.
De la folie des sigles absurdes et envahissants (par exemple l'ACH - action catholique homosexuelle) aux droits vides, mais politiquement corrects tel le droit au bac en toutes circonstances, même les pires, en passant par les télévisions charriant la stupidité à pleines ondes, le domaine est certes vaste. Il me semble que la nouvelle "Les moustiques de Pissevaches" est un petit chef œuvre du genre, sans oublier "les fouilles de Guéret" où les fonctionnaires chinois ont une capacité visionnaire qui vaut bien celle de quelques éléments de pointe de notre administration.
Ce livre se lit (très vite) avec un grand plaisir et pointe de vrais problèmes sous son aspect enjoué. Un livre de bonne compagnie.
Éditions de Fallois 2002
Je viens de faire une première lecture de ce livre paru en 2001. Il m'en faudra d'autres pour en saisir toutes les facettes, en dépit d'un passé, certes lointain, de scientifique.
De quoi est-il question ? Rien moins que de proposer à "l'honnête homme" une vision des percées scientifiques récentes et de la compréhension de l'univers qui en résulte. L'auteur cherche ainsi à apporter des réponses nouvelles à de vieilles questions. Les plus fréquentes concernent le temps, comme par exemple : peut-on voyager dans le temps, peut-on prévoir l'avenir, qu'est ce que l'hitoire et est-elle unique ? Le poids de notre savoir en relativité et en mécanique quantique fait ainsi progresser sur le rude chemin de leur réponse, mais nous ne sommes pas au bout de notre peine. C'est même souvent les questions elles-mêmes qui se voient mises en cause, fondées à l'échelle de notre existence quotidienne, mais perdant parfois leur sens à l'échelle du très grand ou du très petit. Passionnant, bien que difficile d'accès pour ceux qui ont fait un trop court chemin dans le monde du savoir scientifique.
Ce livre pose indirectement une autre question, déjà abordée dans le livre de Roland Omnès, "Philosophie de la science contemporaine". Est-il possible de comprendre la formalisation mathématique croissante qui exprime les lois de la nature en dehors de notre échelle ? Est-il possible de visualiser ses prévisions dans notre cerveau ? Ceux qui ont quelque familiarité avec la mécanique quantique savent combien l'obligation d'abandonner notre "bon sens" pour comprendre quelque chose est frustrant. Et pourtant, le succès explicatif de cette théorie est prodigieux, lui conférant donc de la réalité ! Or, ce livre fait un effort considérable pour parler simplement de choses prequ'incompréhensibles pour le non initié. La gageure est elle tenue ? Difficile de l'affirmer.
Il n'en reste pas moins que les deux premiers chapitres, sorte de résumé de ce que le début du 20ème siècle nous a appris en matière de relativité et de mécanique quantique est un bagage culturel que devraient posséder "l'honnête homme" de notre temps. La suite ne peut être abordée qu'à ce prix. Mais elle le mérite.
Livre difficile et qui excite la réflexion.
Éditions Odile Jacob 2001
Büchner , né en 1813, meurt du typhus à vingt-quatre ans en 1837. Les trois pièces de ce livre ont été écrites entre 1832 et 1837, trois pièces fort différentes.
La Mort de Danton est une sinistre variation désespérée sur le destin. L'homme trompe son inquiétude par ce qu'il trouve : ici, la révolution et ses jeux cruels d'absolutisme sanglant. Soit. Alors, pour se prouver qu'il existe, il guillotine. Drôle, non ? Il s'en lasse, d'ailleurs, ce pauvre Danton. Ses copains finissent par avoir peur de ce qu'il pourrait faire de sa grande notoriété avec une tête pleine de pensées vagues. Alors ils la lui coupent. Logique. Tout cela est écrit dans un style ampoulé type Théâtre National (socialiste, d'ailleurs) Populaire, plein de bonne conscience. J'ai eu du mal à terminer, tant l'ennui, voire le rejet de ces clowneries irresponsables fatigue.
Léonce et Léna est une comédie, dont je dirais, pour faire bref, qu'elle se conclut sur l'apologie des 35 heures (voire moins). Le très jeune Büchner nous fait part de son très grand pessimisme sur la capacité des hommes à diriger. Qu'en sait il ? C'est une pose, sans contenu réel et sans expérience. Nous sommes hélas encore entourés de ce genre de commentaires intellectuels creux. C'est politiquement correct mais plutôt indigne d'un esprit qui veut raisonner droit. C'est cependant assez bien écrit, là aussi très TNP.
Woyzeck travaille dans la classe supérieure, mais relevant aussi d'un semblable pessimisme sur notre espèce. Elle est cruelle, abuse de son pouvoir, et se réjouit du mal qu'elle fait. L'histoire n'a rien démenti de cet aspect, mais ne voir que cela, dénoncer seulement parait court. A la décharge de Büchner, on doit reconnaître que son époque tourmentée ne lui facilitait pas une vision irénique des rapports sociaux ! Il me semble cependant que sans Alban Berg, cette pièce ne pèserait plus très lourd.
Je suis globalement très négatif vis à vis de cette littérature facile, mais profondément intolérante. Que Büchner ait une facilité, un style direct, c'est vrai. Qu'il le mette au service de son inexpérience du monde pour avancer des propositions nihilistes, c'est au mieux une maladie de jeunesse, au pire un dévoiement. Le 20ème siècle a tant souffert de ces imbéciles fanatiques dressés sur leur ignorance pour affirmer que la race juive doit être anéantie ou que les lendemains qui chantent passent par les goulags et les massacres que voir chez cet auteur les germes de cela me fait dresser sur mes ergots. Monsieur Büchner, bonsoir.
Éditions L'Arche 1999
Page 309 sur 325