"Il n'existe qu'une langue pour exprimer des vérités absolues : la langue de bois"
Ce livre, très riche d'images superbes et "chargées" et d'un texte qu'il faut lire, est une invitation à regarder d'un oeil serein et empathique à la fois le quatrième âge et ceux qui, dans les établissements pour personnes âgées, l'accompagnent.
Quel sujet difficile ! Et avec quel puissant rejet ne l'abordons-nous pas ? Car, au fond, c'est de nous, de notre plus ou moins proche futur, que ce livre parle. Comme il le rappelle, il n'existe pas d'autre façon d'allonger la vie que de vieillir. Alors, pour fonder ce rejet instinctif de notre image à venir, nous nous bâtissons une carapace de préjugés, d'idées reçues, qu'il est inutile de rappeler ici, souvent accompagnés d'une solide ignorance de la réalité de ces établissements.
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Victor va nous montrer, avec un humour ravageur, qu'il est aussi difficile d'élever un pingouin neurasthénique dans son appartement que de vivre à Kiev, dans une société où la violence et les intérêts privés se sont substitués aux institutions.
D'ailleurs, dans une pirouette mémorable, il quittera l'un et l'autre lorsqu'il aura compris que ni l'un, ni l'autre n'a d'espoir de salut.
Ce roman a été écrit quelques années après l'effondrement du "socialisme scientifique" (sic), qui avait laissé un vide absolu en matière d'institutions, vide encore presque aussi béant de nos jours et laissant libre cours aux instincts de chacun pour se faire une place du soleil. Et, comme toujours dans ces situations anarchiques, le règne du plus fort s'impose, apportant un semblant d'ordre autour de chefs de bandes plus ou moins maffieuses. C'est mieux que rien....
A.K. a vécu cette situation et sa description a les accents de la vérité. Le roman tourne même, humour dans le miroir, autour d'un groupe criminel maffieux, le groupe A, qui entend justement nettoyer la société de ses dirigeants au passé douteux... L'absurde est ici utilisé comme un outil révélateur, comme, par exemple, le zoo qui donne ses pingouins !
Cette société à la dérive pourrait engendrer la déprime ? Pas du tout chez A.K. qui possède une capacité exceptionnelle de joie de vivre et nous la fait partager. On sent même qu'il s'amuse à nous balader dans ce monde où les coups partent vite, où rien n'est stable et où la mort est en chasse.
Cet excellent roman, drôle et original, peut être lu comme le rappel que, sans institutions, les sociétés sont de vastes champs de bataille où tous les coups sont permis. Or c'est justement à la destruction de ces institutions que s'est livré le "socialisme scientifique" (sic), y substituant une hiérarchie politique servile qui, lorsqu'elle a disparu a laissé un vide, que certains ont confondu (parfois avec délectation) avec le capitalisme.
Ces institutions (administration, justice, élections de représentants, éducation, santé, police, etc.) sont la condition de l'existence de la démocratie et d'un ordre social juste. Faisons-nous ce qu'il faut pour les conserver, les protéger tout en les faisant évoluer ? C'est une tâche sans fin, certes, mais c'est l'honneur de nos sociétés et devrait requérir tous nos soins.
Un livre drôle, bien écrit, court et qui nous fait réfléchir ; que demander de plus ?
Une écriture légère et détachée, pour raconter l'apocalypse créée par une épidémie de peste dans le Midwest américain. Et pour nous dire, aussi, que tout n'est pas toujours perdu et que nous pouvons, ou non, fabriquer nous-mêmes, les conditions de notre équilibre et de notre sérénité.
L'intrigue est d'abord celle d'un ménage qui tourne mal. Ce qui serait courant, s'il n'y avait à gérer trois enfants d'un premier mariage, ados difficiles, et un chalet (près d'un ravin !), dans un village sans âme.
Mais surtout, une épidémie de peste détruit peu à peu toutes les fonctions de la société : l'énergie (électricité, essence, etc.) se tarit, la nourriture devient rare et finit par manquer, et les institutions cessent progressivement de fonctionner. Une violence relative s'installe, et l'on sait gré à LK de ne pas trop jouer avec cela.
Devant ce monde terrifiant, une seule ressource : prendre ses responsabilités et faire face, eu s'adaptant à la nouvelle donne. Garder un espoir sans illusion que de tout cela naîtra un nouvel équilibre, qu'il faut construire. C'est ce que fait l'héroïne, Jiselle, qui retrouve sa sérénité et sait créer autour d'elle une chaleur humaine nécessaire à la formation d'un nouveau "Monde parfait".
Bien entendu il faut croire à cette descente aux enfers, dans de telles conditions. Certes le talent de LK, son sens du détail juste, son style vif, léger, y aident. Elle sait user d'images qui touchent, images qui parfois peuvent devenir cruelles ou violentes. Mais que ferait-on d'autre devant la porte de l'enfer ? A noter aussi l'usage fréquent de symboles, comme le sacrifice de l'oie, le ravin, etc. Une remarque, enfin : ce roman est lent, jouant plus l'atmosphère que l'action.
Un petit sourire, quand même, devant ce monde où seules les femmes agissent, et où les hommes disparaissent ou fuient. Illusion à la mode... Et puis, cette autre concession à l'idée politiquement correcte que le retour à la nature et à ses valeurs simples est une solution. Un peu écolo-facho, non ?
A part ces quelques modestes réserves, voici un bon roman, bien ficelé et que l'on a envie de lire d'un trait.
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